• Le 22 septembre 2026, à quelques jours de la réunion de haut niveau des Nations unies consacrée à la prévention, à la préparation et à la réponse aux pandémies, la World Veterinary Association (WVA) a demandé aux États de donner une place beaucoup plus concrète à la santé animale dans leurs politiques sanitaires.
  • Son message : prévenir une pandémie suppose d’agir avant qu'un agent pathogène ne devienne une urgence de santé humaine.
  • La WVA réclame notamment des investissements dans les services vétérinaires, les laboratoires, la surveillance des maladies animales, le diagnostic, la vaccination et la biosécurité.
  • Elle demande également que les vétérinaires soient reconnus comme des « essential health professionals » dans les dispositifs internationaux de préparation aux crises sanitaires.
  • Le Point Vétérinaire a consacré un article à cette demande de reconnaissance de la profession et à la position portée par la WVA.
  • Sur Le Cluster, nous avons choisi d'en regarder une autre conséquence : si les vétérinaires prennent une place croissante dans la prévention des crises sanitaires mondiales, comment cela peut-il modifier les métiers, les compétences et la formation ?

Le vétérinaire placé beaucoup plus tôt dans la chaîne de surveillance

La logique défendue par la WVA consiste à intervenir avant le passage d’un agent pathogène vers l’être humain. Elle place donc la santé animale au début de la chaîne de prévention et non comme une composante appelée une fois la crise déclenchée.

Dans son texte du 22 septembre, l’association cite plusieurs domaines : surveillance des maladies animales, capacités des laboratoires, vaccination, biosécurité, diagnostic et évaluation des risques. Elle souhaite également une meilleure circulation de l’information entre santé humaine, animale et environnementale.

Cette position s’inscrit dans plusieurs mois de mobilisation. Dès mars 2026, Action for Animal Health, avec le soutien de la WVA, demandait que la déclaration politique préparée par les Nations unies intègre explicitement les systèmes de santé animale, les services vétérinaires et leur financement.

En juin, lors d’une audition multipartite organisée au siège des Nations unies à New York, la WVA défendait de nouveau l’intégration de la profession dans les politiques de préparation aux pandémies.

Du cabinet à la santé publique : des compétences qui se croisent

Cela ne signifie évidemment pas qu'un praticien en clinique canine devra demain devenir épidémiologiste. Il serait également excessif de considérer le communiqué de la WVA comme l’annonce de nouvelles obligations pour les vétérinaires français.

La WVA souhaite précisément renforcer cette continuité : observation clinique, diagnostic, remontée d'informations, laboratoire, surveillance épidémiologique puis coordination avec les autorités sanitaires.

L’influenza aviaire a rendu cette mécanique particulièrement visible. Un épisode touchant des oiseaux sauvages ou un élevage peut successivement mobiliser praticiens, vétérinaires sanitaires, laboratoires, autorités nationales et spécialistes de santé humaine.

One Health doit maintenant sortir des déclarations

Le concept One Health n’est plus nouveau. Il repose sur le lien entre santé humaine, santé animale et environnement. Mais la WVA insiste désormais sur sa traduction pratique.

Dans son communiqué du 22 septembre dernier, elle demande notamment que les autorités des trois secteurs disposent de responsabilités clairement définies, échangent leurs informations et puissent conduire ensemble certaines actions de surveillance et de préparation.

Cette demande est loin d’être isolée. Au cours de l’année 2026, la WVA a multiplié les interventions auprès des Nations unies afin que les dispositifs issus de la prévention des pandémies ne cantonnent pas la santé animale à une simple mention dans les déclarations politiques.

C’est une différence importante entre reconnaître le rôle de la profession et lui donner réellement les moyens d’intervenir.

Des débouchés vétérinaires parfois moins visibles

Cette évolution donne aussi davantage de visibilité à des carrières vétérinaires éloignées de l’image traditionnelle de la consultation.

Les besoins concernent l’épidémiologie, la santé publique vétérinaire, la recherche, les laboratoires, l’administration, la sécurité sanitaire des aliments, la surveillance des maladies animales ou encore les organisations internationales.

Ces métiers existent déjà. Ce qui change progressivement est leur place dans les politiques sanitaires internationales.

La WVA défend depuis le début de l’année une intégration explicite des professionnels de santé animale dans les dispositifs consacrés aux pandémies. Elle demande également que les personnels travaillant dans les territoires ruraux ou insuffisamment couverts disposent d’une formation et de moyens adaptés.

Ce que cela peut changer dans les écoles vétérinaires

Si la surveillance sanitaire devient davantage multidisciplinaire, certaines compétences devraient logiquement prendre plus de place dans les parcours de formation et dans la formation continue.

L’épidémiologie en fait évidemment partie... mais elle n’est pas la seule.

Savoir interpréter des données sanitaires, comprendre le fonctionnement d’un système de surveillance, identifier un signal inhabituel, travailler avec un laboratoire, connaître les principes de biosécurité ou communiquer lors d’une crise sanitaire deviennent des compétences utiles bien au-delà des seuls spécialistes de santé publique.

La WVA ne part donc pas d’une feuille blanche lorsqu’elle réclame une profession mieux intégrée aux politiques sanitaires. L’association intervient depuis plusieurs mois auprès des Nations unies et des organisations internationales pour que les personnels vétérinaires soient intégrés dès la conception des dispositifs de prévention.

Une autre manière de regarder ses études vétérinaires

Pour un élève vétérinaire, le message envoyé depuis New York dépasse donc largement la reconnaissance symbolique du diplôme.

Il rappelle qu’une partie des connaissances acquises au cours du cursus peut conduire vers des métiers dont la finalité est aussi la protection de populations humaines.

Épidémiologie, maladies infectieuses, microbiologie, parasitologie, santé publique, sécurité des aliments ou médecine des populations ne constituent pas uniquement des matières académiques. Elles peuvent conduire vers des carrières dans des agences sanitaires, des laboratoires, la recherche, les administrations nationales, les organisations internationales ou certains organismes chargés de la surveillance sanitaire.

Reconnaissance internationale et réalité française : ne pas confondre

Une précision reste nécessaire. Lorsque la WVA réclame que les vétérinaires soient reconnus comme « essential health professionals », elle utilise une terminologie internationale liée aux politiques de santé globale et de prévention des pandémies.

De « soigner les animaux » à « détecter avant l’homme »

La phrase qui résume finalement le mieux le mouvement engagé par la WVA est probablement celle qui clôt son communiqué : prévenir la prochaine pandémie commence avant qu’une épidémie n’atteigne les humains.

Cette conception donne au vétérinaire une fonction particulière : être capable d'intervenir à l'endroit où santé animale et santé humaine commencent à se rencontrer.

Pour certaines carrières vétérinaires, cela signifie davantage de surveillance, de prévention, de données et de coopération avec d’autres professions.

Pour les écoles, cela pose aussi une question très concrète : quelles connaissances et quelles expériences faudra-t-il donner aujourd’hui aux vétérinaires qui participeront demain aux dispositifs One Health ?

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