• En France, 18,2 % des femmes âgées de 18 à 79 ans ont connu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois en 2024, contre 12,8 % des hommes.
  • L'écart atteint 5,4 points, soit une prévalence supérieure de 42 % chez les femmes. Ces chiffres, issus du Baromètre de Santé publique France, ne décrivent pas une simple différence de tempérament entre les sexes.
  • Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, qui avait annoncé pour le 2 novembre 2026 la présentation de travaux consacrés au genre et à la dépression, appelle précisément à interroger les facteurs sociaux et culturels qui contribuent à cette surexposition.
  • Pharmacie, chirurgie dentaire, médecine vétérinaire : les femmes sont désormais majoritaires dans ces trois professions. Leur présence dans les effectifs ne dit pourtant rien, à elle seule, de leur accès à la propriété des structures, de leurs revenus ou du partage des contraintes professionnelles et familiales.

La dépression féminine n'est pas une fatalité biologique

Les données épidémiologiques dessinent une réalité difficile à ignorer. En novembre 2025, Santé publique France publiait une synthèse consacrée aux déterminants sociaux des différences de genre face aux troubles anxio-dépressifs et aux conduites suicidaires.

L'agence y rappelait notamment que, sur la période 2013-2019, la souffrance psychique liée au travail était deux fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Elle identifiait les inégalités professionnelles et domestiques comme des déterminants majeurs de la santé mentale.

Les facteurs biologiques ont leur place dans l'analyse : fluctuations hormonales, grossesse, post-partum ou ménopause peuvent intervenir dans la santé psychique. Ils n'expliquent cependant pas, à eux seuls, les écarts observés.

Les femmes sont aussi plus exposées aux violences sexuelles, aux discriminations, à la précarité économique et à la charge domestique. Elles évoluent dans une société qui attend encore beaucoup d'elles, dans leur vie privée comme dans leur activité professionnelle.

Le risque serait de médicaliser leurs difficultés sans chercher à modifier les conditions qui les favorisent.

Trois professions féminisées, mais des positions encore très différentes

Le mouvement de féminisation des professions de santé est profond. Il traduit l'accès croissant des femmes aux études supérieures, aux qualifications et à des métiers historiquement occupés par les hommes.

  • En pharmacie, 77,6 % de femmes parmi les adjoints et autres exercices, mais 56,1 % chez les titulaires
  • Le dernier panorama de l'Ordre national des pharmaciens, publié en juin 2026, recense 75 731 professionnels inscrits au 1er janvier 2026. Parmi eux, 67,6 % sont des femmes.
  • La répartition par section révèle cependant d'importants écarts. Les femmes représentent 77,6 % des inscrits en section D, regroupant les pharmaciens adjoints d'officine et d'autres exercices, mais seulement 56,1 % des pharmaciens titulaires d'officine en section A.
  • Dans les établissements de santé, médico-sociaux et les services d'incendie et de secours, elles constituent 72,3 % des inscrits de la section H.

Cette différence prend une dimension supplémentaire à la lecture des données de la DREES : en 2026, 70 % des pharmaciennes en activité sont salariées, alors que les hommes se répartissent à parts égales entre exercice salarié et libéral. En officine, 67 % des hommes exercent en libéral, tandis que 60 % des femmes sont salariées.

Le salariat peut être un choix professionnel pleinement assumé. L’exercice libéral n’est pas davantage une mesure de la réussite. Mais ces écarts appellent une vérification : celles qui souhaitent devenir titulaires disposent-elles des mêmes possibilités de financement, du même soutien familial et du même temps pour préparer leur installation ? Invoquer les préférences individuelles ne suffit pas à répondre.

En médecine vétérinaire, la féminisation du salariat est spectaculaire

Le constat est tout aussi frappant dans la profession vétérinaire.

Selon l'Atlas démographique de l'Ordre national des vétérinaires, arrêté au 31 décembre 2025, les femmes représentent désormais 62,5 % des professionnels. Leur proportion atteint 76,9 % chez les moins de 40 ans et 77,3 % parmi les primo-inscrits de l'année.

Pour la première fois, les femmes sont également majoritaires parmi les libéraux. Une avancée qui ne doit pas masquer l'écart encore considérable entre les deux populations.

Ces chiffres ne disent pas si les possibilités sont égales. Pour le savoir, il faut poser des questions concrètes :

  • Les jeunes vétérinaires disposent-elles des mêmes possibilités d'association et d'installation ?
  • Comment les gardes, les urgences et les contraintes familiales sont-elles réparties ?
  • Quel accompagnement est proposé au retour d'un congé maternité ?

En chirurgie dentaire, les femmes viennent de franchir le seuil de la majorité

La profession dentaire présente une évolution particulièrement rapide.

Selon les données publiées par la DREES en juillet 2026, les femmes représentent 51 % des 48 700 chirurgiens-dentistes en activité au 1er janvier 2026. Elles n'étaient que 39 % début 2012.

En quatorze ans, leur proportion a donc progressé de douze points.

Cette mutation intervient alors que les formes d'exercice changent également. Le cabinet individuel recule, les structures de groupe progressent et les jeunes praticiens choisissent plus souvent le salariat.

La question de l'égalité ne peut se limiter au nombre de praticiennes inscrites au tableau de l'Ordre. Elle concerne leur accès à l'association, aux responsabilités, à l'autonomie économique et aux spécialités, mais aussi la prévention des comportements sexistes et des violences dans les cabinets et les établissements de formation.

Le soin, cette compétence féminine que la société considère encore comme naturelle

Il existe une contradiction particulièrement tenace dans les métiers de santé.

La disponibilité, l'écoute, la patience et l'attention portée aux autres sont des compétences professionnelles. Pourtant, lorsqu'elles sont exercées par des femmes, elles restent fréquemment associées à des qualités supposées naturelles.

Cette représentation dépasse largement le milieu médical. Dès l'enfance, les filles sont davantage encouragées à prendre soin des autres, à se montrer conciliantes et à anticiper les besoins de leur entourage.

Le rapport du HCE consacré à la pénalité maternelle, publié en septembre 2026, décrit précisément le rôle de cette socialisation dans la répartition sexuée du travail.

Dans un cabinet dentaire, une clinique vétérinaire ou une officine, ce mécanisme mérite d'être interrogé. La relation aux patients et aux clients, l'apaisement des situations conflictuelles, la coordination de l'équipe ou la gestion des imprévus représentent une activité réelle, qui exige du temps et de l'énergie.

Qui rassure les patients, apaise les conflits et absorbe les imprévus ? Ce travail doit être rendu visible, réparti et reconnu. Il n’a pas à devenir une obligation implicite attachée au fait d’être une femme.

La maternité continue de peser sur les carrières

Les inégalités ne s'arrêtent pas à la porte des établissements de soins.

Dans son rapport Du plancher collant au plafond de mère, publié le 9 septembre 2026, le HCE rappelle que l'arrivée d'un enfant entraîne en moyenne une chute de 40 % du revenu salarial des mères.

Le rapport décrit également la « pénalité maternelle » : interruption ou réduction d'activité, temps partiel, ralentissement des carrières et moindre accès à certaines responsabilités.

Ces données portent sur les trajectoires professionnelles féminines dans leur ensemble. Elles ne constituent pas une mesure propre aux pharmaciennes, aux chirurgiennes-dentistes ou aux vétérinaires. Mais elles obligent à regarder différemment l'organisation de ces métiers.

Reporter une installation, renoncer à une association ou réduire son activité après une naissance peut relever d’un choix. Encore faut-il regarder les conditions dans lesquelles il s’exerce : coût et disponibilité des modes de garde, horaires professionnels, revenus du couple et répartition du travail domestique.

Prévenir les risques psychosociaux sans culpabiliser les professionnelles

Face à la souffrance psychique, les réponses proposées aux femmes portent encore trop souvent sur leur capacité personnelle à gérer la pression : mieux s'organiser, apprendre à déléguer, pratiquer une activité physique, préserver des moments de repos.

Ces conseils peuvent avoir leur utilité. Ils deviennent insuffisants lorsqu'ils évitent de questionner les facteurs professionnels et sociaux de l'épuisement.

  • En officine, la prévention doit aussi concerner les effectifs, la répartition des tâches, les amplitudes horaires et la possibilité réelle de prendre des congés.
  • Dans les cliniques vétérinaires, elle doit intégrer les gardes, les urgences, les relations difficiles avec certains propriétaires d'animaux et les conditions d'accès aux responsabilités.
  • Dans les cabinets dentaires, elle doit porter sur l'organisation des soins, les tensions au sein des équipes, le respect des praticiennes et la conciliation entre exercice professionnel et vie personnelle.

La prévention des violences sexistes et sexuelles ne peut pas non plus se réduire à des engagements de principe. Elle suppose des procédures de signalement fiables, une protection effective des victimes et des réponses adaptées lorsque des faits sont établis.

La féminisation ne peut pas tenir lieu de politique d'égalité

Compter les femmes ne suffit plus. Il faut documenter leurs revenus à activité comparable, leur accès à l’association et à la propriété des structures, les effets de la parentalité sur leurs carrières et leur exposition aux violences sexistes. Les Ordres et les organisations professionnelles peuvent contribuer à rendre ces écarts visibles.

Ces données permettraient de distinguer ce qui relève des générations, des modes d’exercice ou d’obstacles persistants. Elles donneraient aussi aux employeurs et aux représentants des professions une base pour agir et rendre compte des progrès accomplis.

La santé mentale des femmes ne peut pas être renvoyée à une supposée fragilité individuelle. Les conditions de travail, les violences et la répartition des charges doivent faire partie de la réponse. Une profession peut devenir majoritairement féminine sans devenir égalitaire. La féminisation est un constat démographique. L’égalité se juge aux conditions d’exercice.