- Le rapport "Besoins en main-d’œuvre (BMO)" (avril 2026) de France Travail apporte une photographie particulièrement intéressante du marché de l’emploi.
- L'enquête porte sur les intentions de recrutement déclarées par les employeurs pour 2026 et couvre les établissements du secteur privé ainsi que plusieurs catégories d'employeurs publics et agricoles.
- Pour cette édition, France Travail s'appuie sur la nomenclature des familles professionnelles FAP 2021.
- Dans le vaste ensemble consacré à la santé, à l'action sociale, à la culture et au sport, deux catégories intéressent directement la filière pharmaceutique : les pharmaciens et les techniciens médicaux et préparateurs.
- Le constat est sans ambiguïté : les besoins existent et une part importante des employeurs anticipe des difficultés pour pourvoir les postes.
3 675 projets de recrutement pour les pharmaciens
Pour 2026, France Travail dénombre 3 675 projets de recrutement de pharmaciens en France.
Sur ce total, 2 236 projets sont jugés difficiles, soit 61 %. Les projets de recrutement saisonniers représentent 503 postes, soit 14 % du total.
Le taux de difficulté constitue le principal enseignement de cette donnée. Avec 61 %, les pharmaciens se situent nettement au-dessus de la moyenne observée pour l'ensemble des métiers, qui atteint 44 %.
La tension n'est donc pas liée à un simple volume élevé de recrutements. Le rapport montre surtout qu'une majorité des projets identifiés par les employeurs présente un risque de difficulté au moment de trouver les candidats recherchés.
Les pharmaciens parmi les professions de santé les plus difficiles à recruter
La comparaison avec les autres professions de santé permet de mieux situer le chiffre.
Les médecins affichent le taux le plus élevé parmi les professions présentées dans le tableau, avec 79 % de projets jugés difficiles, pour 8 804 recrutements envisagés. Les vétérinaires atteignent 74 %, les dentistes 72 %, les autres professionnels paramédicaux 69 % et les pharmaciens 61 %. Les infirmiers et sages-femmes sont à 60 %.
Le taux enregistré pour les pharmaciens est donc proche de celui observé pour les infirmiers et sages-femmes et supérieur à celui de nombreuses autres catégories professionnelles.
La comparaison doit toutefois rester cantonnée aux indicateurs présentés par France Travail : le BMO mesure les projets de recrutement déclarés et leur difficulté anticipée, et non un taux de vacance des postes ou une mesure exhaustive des postes effectivement non pourvus.
Préparateurs : 7 466 projets et 59 % de recrutements difficiles
Le constat est également marqué pour la catégorie « Techniciens médicaux et préparateurs », telle qu'elle apparaît dans la nomenclature utilisée par le rapport.
France Travail comptabilise 7 466 projets de recrutement en 2026. Parmi eux, 4 438 sont jugés difficiles, soit 59 %. La part des recrutements saisonniers atteint 10 %, avec 779 projets.
Cette catégorie représente donc un volume de projets supérieur à celui des pharmaciens, avec un niveau de difficulté quasiment équivalent.
Plus de 11 000 projets pour les deux catégories
Les deux lignes du tableau représentent ensemble 11 141 projets de recrutement :
- 3 675 pour les pharmaciens ;
- 7 466 pour les « techniciens médicaux et préparateurs » ;
- 6 674 projets jugés difficiles si l'on additionne les deux catégories.
- Le taux de difficulté cumulé est donc proche de 60 %.
Cette concentration des difficultés est à mettre en regard du reste du marché du travail. France Travail estime à 2 274 951 le nombre total de projets de recrutement pour 2026 et à 996 480 le nombre de projets considérés comme difficiles, soit 44 %.
La pharmacie se trouve donc dans une configuration plus tendue que la moyenne nationale.
Des recrutements essentiellement non saisonniers
Autre enseignement du tableau : les besoins en pharmaciens sont très majoritairement liés à des recrutements qui ne sont pas saisonniers.
Sur les 3 675 projets identifiés, 503 sont associés à une activité saisonnière, soit 14 %. Pour les « techniciens médicaux et préparateurs », cette proportion tombe à 10 %.
Le phénomène observé n'est donc pas celui d'une demande concentrée sur certaines périodes de l'année. Les chiffres correspondent principalement à des besoins de recrutement qui s'inscrivent dans le fonctionnement courant des employeurs.
C'est un élément important pour les professionnels de la pharmacie : la difficulté signalée par BMO ne renvoie pas seulement à la nécessité de renforcer temporairement les équipes. Elle concerne largement les recrutements non saisonniers.
Le recrutement sous tension dans l'ensemble de la santé
La pharmacie évolue dans un secteur où les difficultés de recrutement demeurent particulièrement présentes.
L'ensemble de la famille « Santé, action sociale, culturelle et sportive » totalise 279 592 projets de recrutement, dont 147 050 jugés difficiles, soit 53 %. La proportion est donc supérieure de neuf points à celle enregistrée pour l'ensemble des métiers.
Plusieurs professions affichent des niveaux de tension élevés :
- médecins : 79 % de projets difficiles ;
- vétérinaires : 74 % ;
- dentistes : 72 % ;
- autres professionnels paramédicaux : 69 % ;
- pharmaciens : 61 % ;
- infirmiers et sages-femmes : 60 % ;
- techniciens médicaux et préparateurs : 59 %.
Le problème ne tient pas seulement au nombre de candidats
L'enquête complémentaire du BMO, qui porte sur les recrutements réalisés en 2025, fournit des éléments intéressants pour comprendre les difficultés rencontrées par les employeurs.
Parmi les établissements ayant connu des difficultés de recrutement, 69,3 % déclarent avoir reçu trop peu de candidatures, voire aucune. Mais le problème se situe également dans l'adéquation des profils : 75,2 % déclarent avoir reçu des candidatures qui ne correspondaient pas à leurs attentes.
Le sujet est donc double :
1 : disposer d'un nombre suffisant de candidats,
2 : trouver des profils présentant les compétences attendues.
Sur ce second volet, 64,3 % des employeurs concernés citent le manque de compétences techniques parmi les raisons expliquant l'inadéquation des candidatures. Le manque d'expérience professionnelle est cité par 64,1 % et le manque de motivation par 60,9 %.
La concurrence entre employeurs pèse également
France Travail identifie plusieurs autres facteurs susceptibles d'expliquer les difficultés rencontrées lors des recrutements.
Parmi les employeurs ayant signalé des candidatures insuffisantes, inadéquates ou des désistements, 43,1 % évoquent la concurrence d'autres entreprises. La rémunération jugée trop faible ou insuffisamment attractive est citée par 37,7 %, tandis que 30,7 % mentionnent la technicité très pointue des postes proposés.
La pénibilité ou les risques associés au métier sont cités par 31,2 % des employeurs, les horaires décalés ou trop importants par 27,2 %, et la nature ou la durée du contrat par 20 %.
Des recrutements qui peuvent aussi être difficiles à finaliser
Le manque de candidats disponibles n'est pas le seul obstacle.
Parmi les employeurs ayant rencontré des difficultés de recrutement en 2025, 44,3 % indiquent que des candidats appropriés ont finalement refusé le poste.
Le rapport relève également que, parmi les établissements ayant cherché à recruter en 2025, les difficultés ont concerné 37,2 % des recruteurs. Les recrutements à effectuer dans l'urgence sont particulièrement cités, avec 56,4 % des réponses. Le manque de moyens financiers est mentionné par 24,5 %.
Pour les officines, où un départ ou une absence peut rapidement avoir des conséquences sur l'organisation de l'équipe, cette dimension temporelle est particulièrement à surveiller. Le BMO ne mesure cependant pas spécifiquement l'impact de ces difficultés sur l'activité des pharmacies.
L'industrie pharmaceutique apparaît également dans les données BMO
Le rapport apporte enfin un autre éclairage intéressant pour le secteur : celui de l'activité économique.
Dans son classement des secteurs, France Travail distingue « l'industrie chimique, pharmaceutique et raffinage ». Cette branche représente 10 981 projets de recrutement en 2026.
Cette donnée ne doit pas être additionnée aux 3 675 projets de pharmaciens : il s'agit ici d'une catégorie sectorielle, et non d'une catégorie de métier. Elle regroupe l'industrie chimique, l'industrie pharmaceutique et le raffinage.
Le rapport recense par ailleurs 3 226 établissements dans cette catégorie sectorielle.
Une alerte sur le vivier de professionnels
Le principal enseignement du BMO 2026 pour la pharmacie tient donc moins au nombre brut de recrutements qu'à la proportion de projets difficiles.
Avec 61 % de recrutements jugés difficiles pour les pharmaciens, France Travail met en évidence une tension supérieure à celle observée sur l'ensemble du marché du travail. La catégorie des « techniciens médicaux et préparateurs » présente une situation comparable, avec 59 % de projets difficiles.
Le phénomène concerne principalement des besoins non saisonniers et s'inscrit dans un marché de la santé où plusieurs professions affichent des taux de difficulté élevés.
Pour les acteurs de la pharmacie, ces données posent plusieurs questions :
- formation des futurs professionnels,
- renouvellement des équipes,
- attractivité des postes,
- concurrence entre employeurs,
- fidélisation des salariés,
- capacité à répondre rapidement aux besoins de remplacement.
Le rapport BMO ne permet pas, à lui seul, de déterminer quelle part de ces recrutements concerne l'officine, l'hôpital, l'industrie ou d'autres secteurs d'exercice. Il ne permet pas non plus d'identifier les causes propres aux difficultés de recrutement des pharmacies.
Il fournit néanmoins un indicateur solide : en 2026, les employeurs qui recherchent des pharmaciens anticipent une difficulté dans 61 % de leurs projets de recrutement. Avec 3 675 projets recensés, dont 2 236 difficiles, la question du renouvellement et de la disponibilité des compétences reste donc un sujet majeur pour la profession.
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