Il ne suffit pas qu'un soin soit correctement réalisé pour qu'un parcours de santé soit sûr.
- Lorsqu'une personne vit avec une maladie chronique, elle peut consulter plusieurs professionnels, prendre différents traitements, passer de la ville à l'hôpital, être accompagnée par des structures médico-sociales et, parfois, faire intervenir des proches ou des aidants dans son quotidien.
- À chaque transition, une information peut manquer. Un traitement peut avoir été modifié sans que tous les intervenants en aient connaissance. Une consigne peut être mal comprise. Un patient peut également ne plus savoir à quel professionnel s'adresser.
- C'est à cette réalité que s'intéresse la Semaine de la sécurité des patients (SSP), organisée cette année du 14 au 18 septembre par le ministère chargé de la Santé. L'édition 2026 est consacrée à la sécurité des soins pour les personnes atteintes de pathologies chroniques. Elle s'inscrit dans le prolongement de la Journée mondiale de la sécurité des patients de l'Organisation mondiale de la santé, le 17 septembre.
- L'événement ne concerne donc pas une profession en particulier. Il invite plutôt les différents acteurs du système de santé à regarder ce qui se passe entre les différentes étapes d'une prise en charge.
- Et cette question intéresse directement la pharmacie.
À quoi sert la Semaine de la sécurité des patients ?
La SSP est un rendez-vous national de sensibilisation organisé chaque année au cours du mois de septembre. Elle vise à renforcer la collaboration autour de la sécurité des soins entre professionnels, patients, proches et citoyens.
La HAS participe à cette démarche en produisant des recommandations, des outils et des analyses destinés aux professionnels et aux organisations.
La HAS souligne ainsi quatre enjeux :
1. la coordination entre les acteurs,
2. la continuité des parcours,
3. la sécurisation des traitements,
4. la participation des personnes aux décisions qui les concernent.
Pourquoi les maladies chroniques rendent-elles les parcours plus complexes ?
Une personne atteinte d'une pathologie chronique peut avoir un médecin traitant, consulter un ou plusieurs spécialistes, rencontrer des infirmiers, être hospitalisée, être suivie par un établissement médico-social et se rendre régulièrement en pharmacie.
À cela peuvent s'ajouter plusieurs traitements, parfois modifiés au fil du temps.
Le parcours devient alors un enchaînement de décisions et d'interventions qui doivent rester cohérentes.
La HAS met notamment à disposition des professionnels des guides consacrés aux parcours de soins, des indicateurs de qualité et des outils destinés à organiser les échanges d'informations, comme le Plan personnalisé de coordination en santé, le Dossier de liaison d'urgence ou le Plan personnalisé de santé.
Dix ans de retour d'expérience sur les événements indésirables graves
L'édition 2026 marque également les dix ans du dispositif de déclaration des événements indésirables graves associés aux soins (EIGS).
Depuis 2017, la HAS analyse au niveau national les déclarations transmises par les professionnels et les établissements, après pseudonymisation par les agences régionales de santé.
Un EIGS est un événement inattendu au regard de l'état de santé ou de la pathologie d'une personne et dont les conséquences sont particulièrement graves : décès, mise en jeu du pronostic vital ou risque de déficit fonctionnel permanent.
L'intérêt de ces déclarations ne consiste pas uniquement à identifier ce qui n'a pas fonctionné. Leur analyse doit permettre de comprendre les circonstances de l'événement et d'en tirer des enseignements pour éviter qu'une situation similaire ne se reproduise.
Le médicament, un point sensible des parcours chroniques
Dans les parcours de patients atteints de maladies chroniques, le médicament occupe une place particulière.
Un traitement peut être prescrit pendant plusieurs années, modifié après une consultation ou une hospitalisation, associé à d'autres médicaments ou nécessiter une surveillance particulière.
L'Assurance maladie décrit ainsi un pharmacien dont les missions se sont étendues à la prévention, au suivi des patients et de leurs traitements et à certaines prises en charge. Elle souligne également son rôle dans l'information et la coordination avec les autres professionnels de santé.
Le pharmacien, un professionnel que le patient retrouve dans la durée
Dans le cas d'une maladie chronique, la pharmacie peut devenir un point de contact régulier dans le parcours.
Le pharmacien peut notamment accompagner certains patients dans le cadre d'entretiens pharmaceutiques, réaliser des bilans partagés de médication dans les situations prévues, contribuer au bon usage des médicaments et repérer certaines difficultés.
L'Assurance maladie indique que les entretiens peuvent notamment contribuer à prévenir les risques liés aux traitements, à favoriser leur bonne utilisation et à détecter certaines interactions. Lorsqu'un problème est identifié, le pharmacien peut également en informer le médecin traitant ou un autre professionnel dans le cadre d'une coordination adaptée.
Cette position est particulièrement intéressante dans le cas des patients polymédiqués ou suivis pour une affection chronique.
Des missions qui dépassent désormais la délivrance du médicament
La transformation du métier est également visible dans le développement des missions de prévention.
Le pharmacien peut aujourd'hui intervenir dans la vaccination, le dépistage organisé du cancer colorectal, les bilans de prévention ou encore la réalisation de certains tests d'orientation diagnostique. L'Assurance maladie recense également plusieurs dispositifs d'accompagnement liés à certaines pathologies et à certains traitements.
Ces activités changent progressivement le quotidien de certains professionnels.
La pharmacie devient un lieu où l'on peut certes venir chercher un médicament, mais également être vacciné, obtenir un kit de dépistage, réaliser certains tests, bénéficier d'un bilan de prévention ou échanger sur son traitement.
Une évolution qui modifie aussi l'image du métier
C'est sans doute l'un des effets les plus intéressants à observer du point de vue de l'emploi.
Le métier de pharmacien reste largement associé au médicament. Cette dimension demeure centrale et constitue une compétence spécifique de la profession. Mais elle ne résume plus l'ensemble des activités susceptibles d'être exercées.
La diversification des missions peut contribuer à faire connaître d'autres facettes du métier à des étudiants ou à des personnes qui envisagent une orientation dans le secteur de la santé.
Prévention, accompagnement, suivi des traitements, dépistage, vaccination, coordination avec d'autres professionnels : autant d'activités qui restent parfois moins visibles que la délivrance des médicaments.
Or elles peuvent compter dans le choix d'une orientation professionnelle.
L'enjeu est d'autant plus important que les métiers de la santé évoluent avec les besoins de la population. Le vieillissement, l'augmentation du nombre de personnes vivant avec une maladie chronique et la nécessité de renforcer la prévention conduisent les professionnels à travailler davantage en complémentarité.
Le pharmacien doit donc lui aussi trouver sa place dans cette organisation.
Le pharmacien, un maillon parmi d'autres du système de soins
La Semaine de la sécurité des patients permet justement de replacer cette évolution dans un cadre plus large.
La HAS ne dit pas que la sécurité des parcours repose sur une profession particulière. Elle défend une meilleure articulation entre les différents intervenants et une participation plus importante des personnes concernées.
Pour le pharmacien, cela signifie que son rôle peut être envisagé dans une logique plus collective.
Le médecin pose un diagnostic et prescrit. L'infirmier intervient dans les soins et le suivi. Le pharmacien apporte son expertise sur les médicaments et intervient désormais sur plusieurs actions de prévention et d'accompagnement. D'autres professionnels peuvent compléter cette prise en charge selon les besoins.
La question n'est donc pas de savoir quel professionnel pourrait prendre la place d'un autre, mais comment chacun peut intervenir dans son champ de compétences sans perdre de vue le parcours global de la personne.
C'est précisément la logique portée par la SSP 2026.
Faire connaître les nouvelles réalités de la pharmacie
Pour le secteur de la pharmacie, cette évolution représente aussi un enjeu de visibilité.
Les missions nouvelles ou élargies ne sont pas toujours connues du grand public. Elles peuvent l'être encore moins par les personnes qui réfléchissent à leur orientation.
- Pourtant, elles donnent au métier des dimensions supplémentaires : relation avec les patients, prévention, travail avec d'autres professionnels, suivi dans la durée et participation à l'organisation des soins.
- La pharmacie ne se résume donc plus à l'image d'un professionnel derrière son comptoir.
- Le médicament reste au centre de son expertise, mais les situations dans lesquelles cette expertise peut être mobilisée se sont multipliées.
La Semaine de la sécurité des patients 2026 fournit un bon point de départ pour le rappeler. En plaçant la coordination, la continuité des parcours et la sécurisation des traitements au cœur de son édition 2026, elle montre aussi combien les métiers de santé évoluent avec les besoins du système de soins.
Pour le pharmacien, cette évolution se traduit par une présence plus large dans le parcours du patient. Pour les futurs professionnels, elle ouvre aussi une autre manière de regarder un métier dont les contours sont aujourd'hui bien plus diversifiés qu'ils ne le laissent penser.
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