Que recouvre réellement la dentisterie féline ?
La discipline ne se limite pas au détartrage.
L'odontostomatologie vétérinaire concerne les dents, mais aussi l'ensemble de la cavité orale et des structures associées : gencives, muqueuses, langue, palais, mâchoires et articulations.
Chez le chat, les situations rencontrées peuvent notamment concerner :
- les maladies parodontales ;
- les résorptions dentaires ;
- les gingivostomatites chroniques ;
- les fractures dentaires ;
- les infections et lésions pulpaires ;
- les extractions dentaires simples ou chirurgicales ;
- les affections de la cavité orale ;
- certaines malocclusions ;
- les tumeurs buccales ;
- les traumatismes maxillo-faciaux ;
- les interventions de chirurgie orale ou maxillo-faciale.
La discipline demande donc une combinaison de compétences en médecine, chirurgie, anesthésie, imagerie et gestion de la douleur.
Pourquoi le chat représente-t-il un terrain particulièrement intéressant ?
Le chat présente des affections dentaires spécifiques, dont certaines peuvent être difficiles à identifier par le propriétaire.
La douleur orale peut notamment être discrète. Un chat peut continuer à manger malgré une affection bucco-dentaire importante, ce qui retarde parfois la consultation.
Les recommandations de la WSAVA consacrent notamment une place importante à la gingivostomatite chronique féline et aux résorptions dentaires. Dans certaines formes de gingivostomatite, les extractions constituent aujourd'hui une composante majeure du traitement et peuvent apporter une amélioration importante chez les chats concernés.
Quel parcours pour devenir vétérinaire spécialisé en dentisterie ?
La première étape reste évidemment le diplôme d'État de docteur vétérinaire.
En France, cinq établissements forment actuellement les vétérinaires :
- l'École nationale vétérinaire d'Alfort ;
- l'École nationale vétérinaire de Toulouse ;
- Oniris VetAgroBio Nantes ;
- VetAgro Sup ;
- UniLaSalle Rouen.
Première possibilité : développer une compétence complémentaire
C'est probablement la voie la plus accessible pour un praticien déjà installé.
Des formations permettent d'acquérir progressivement les fondamentaux : examen de la cavité orale, radiographie dentaire, instrumentation, détartrage, extractions et prise en charge des principales affections du chien et du chat.
L'AFVAC propose notamment un parcours modulaire consacré à la dentisterie et à la stomatologie. Le programme aborde notamment la parodontologie, les stomatites félines, les résorptions dentaires, les extractions chirurgicales et l'imagerie. Une session du module 2 est actuellement programmée à Nantes en septembre 2026.
Deuxième possibilité : construire une activité orientée dentisterie
Le vétérinaire peut ensuite consacrer une part croissante de son activité à la dentisterie.
Cela peut prendre plusieurs formes :
- consultations dentaires dans une clinique généraliste ;
- journées dédiées à la dentisterie ;
- activité de référé pour plusieurs cliniques ;
- activité salariée dans un centre hospitalier vétérinaire ;
- exercice libéral spécialisé ;
- activité mixte associant dentisterie et chirurgie orale.
Cette évolution nécessite cependant un investissement matériel : unité dentaire, instrumentation adaptée, radiographie dentaire, anesthésie et monitoring notamment.
La dentisterie peut donc devenir un véritable service au sein d'une clinique plutôt qu'une simple compétence supplémentaire.
Troisième possibilité : viser le titre de spécialiste
Pour aller plus loin, il existe un parcours européen avec le European Veterinary Dental College (EVDC).
Le parcours de résidence EVDC en dentisterie vétérinaire repose sur une formation spécialisée supervisée par un Diplomate. Le parcours standard correspond à trois années de formation à temps plein dans un centre agréé ; une voie à temps partiel existe également, sur une durée minimale plus longue. L'accès nécessite notamment d'être vétérinaire depuis au moins deux ans et de justifier d'une expérience clinique adaptée, dont une année d'internat en animaux de compagnie ou une expérience équivalente.
Où peut-on se former en France ?
Il faut distinguer la formation vétérinaire initiale, la formation continue et la résidence de spécialisation.
Les écoles vétérinaires françaises proposent des enseignements en dentisterie dans leurs cursus et leurs services cliniques. À Oniris, par exemple, l'année d'approfondissement en animaux de compagnie comprend des enseignements et conférences dans différentes disciplines, dont l'odontostomatologie.
- Pour la formation continue, l'AFVAC et d'autres organismes proposent des modules spécifiquement consacrés à la dentisterie et à la stomatologie.
- Pour la spécialisation européenne, le paysage est beaucoup plus restreint.
La France compte plusieurs vétérinaires Diplomates EVDC exerçant notamment à Nantes, dans la région parisienne et dans le sud de la France. Le registre de l'EVDC recense notamment Florian Boutoille au CHV Atlantia à Nantes, Nicolas Girard à AzurVet, Philippe Hennet et Mihai Guzu au sein d'ADVETIA.
Peut-on réellement travailler uniquement en dentisterie ?
Oui, mais cela reste un marché de niche.
Les exemples français montrent qu'une activité peut être fortement, voire exclusivement, orientée vers la dentisterie, la chirurgie orale et la chirurgie maxillo-faciale.
Le registre EVDC présente par exemple des praticiens dont l'activité est limitée à ces disciplines.
Le modèle économique repose alors souvent sur le référé : le vétérinaire généraliste identifie une situation nécessitant des compétences ou un équipement particulier et adresse le patient à un confrère spécialisé.
Le spécialiste devient donc moins un concurrent qu'un partenaire du vétérinaire traitant.
C'est un élément important pour un praticien qui envisage ce type d'activité : le développement d'un réseau de correspondants est probablement aussi important que la compétence technique elle-même.
Y a-t-il réellement une demande ?
Les données disponibles ne permettent pas de donner un chiffre fiable de « la demande en dentisterie féline » en France. Il n'existe pas, à notre connaissance, de baromètre national mesurant précisément le nombre de consultations ou d'actes dentaires félins.
MAIS : plusieurs indicateurs vont néanmoins dans le sens d'un potentiel important.
- D'abord, la population féline française est considérable. Le dernier baromètre FACCO-ODOXA recense 73,4 millions d'animaux de compagnie en France et indique notamment que le chat reste très présent dans les foyers français. Le baromètre 2024-2025 recensait 16,6 millions de chats.
- Ensuite, les maladies bucco-dentaires figurent parmi les affections les plus fréquentes des animaux de compagnie selon la WSAVA. L'organisation internationale souligne parallèlement que la dentisterie reste insuffisamment prise en compte dans de nombreuses pratiques vétérinaires.
- Enfin, l'offre de formation continue s'est structurée autour de la dentisterie, avec des formations qui abordent spécifiquement les pathologies félines et les techniques d'extraction. Cela constitue un autre signal de professionnalisation de la discipline.
Un marché qui semble donc davantage sous-équipé que saturé ?
Il serait excessif d'affirmer que la France connaît une pénurie de vétérinaires dentistes. En revanche, les données disponibles dessinent une discipline technique, relativement spécialisée et encore peu répandue dans les structures généralistes.
Dès 2019, l'Observatoire des métiers dans les professions libérales (OMPL) anticipait une progression de la spécialisation des vétérinaires, notamment en dentisterie, en lien avec l'augmentation de la taille des structures vétérinaires. Dans son étude prospective sur les cliniques vétérinaires, l'OMPL citait explicitement la dentisterie, aux côtés de l'orthopédie et des NAC, parmi les spécialités médicales appelées à se développer.
Comment tester le marché avant de se lancer ?
Avant d'investir dans du matériel ou de modifier son activité, plusieurs interlocuteurs peuvent être sollicités.
Les cliniques vétérinaires
C'est le premier réseau à explorer.
Un questionnaire auprès des cliniques d'un département ou d'une région peut permettre de mesurer :
- le nombre de cas dentaires identifiés chaque mois ;
- les actes actuellement réalisés sur place ;
- les actes adressés à l'extérieur ;
- les raisons des référés ;
- les délais d'accès à un spécialiste ;
- les équipements disponibles ;
- l'intérêt pour une journée de consultation spécialisée ;
- la distance que les praticiens seraient prêts à faire parcourir à leurs patients.
Les centres hospitaliers vétérinaires et structures de référé
Les CHV constituent des interlocuteurs privilégiés pour comprendre les cas qui arrivent déjà en seconde intention.
Ils peuvent également permettre d'identifier les compétences les plus recherchées : extraction complexe, chirurgie orale, endodontie, imagerie, oncologie orale ou chirurgie maxillo-faciale.
Les écoles vétérinaires
Les écoles nationales vétérinaires constituent un autre point d'entrée, notamment pour les projets de formation, d'enseignement ou de recherche.
À Oniris, le Centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV) propose des consultations spécialisées en odonto-stomatologie, avec une activité clinique destinée notamment aux animaux adressés par leur vétérinaire traitant. La discipline fait également partie des enseignements proposés dans le parcours Animaux de compagnie.
Les organisations professionnelles
- L'AFVAC, notamment à travers son Groupe d'Étude en Odonto-Stomatologie (GEROS), constitue également un interlocuteur pour suivre l'évolution de la discipline et accéder à des formations spécialisées.
- Le réseau de l’European Veterinary Dental College (EVDC) permet, de son côté, d’identifier les spécialistes européens en dentisterie vétérinaire et de se renseigner sur les parcours de résidence et de spécialisation.
Et si la dentisterie ne suffit pas à redonner de l'élan ?
La formation en dentisterie peut aussi être envisagée comme une porte d'entrée vers un autre mode d'exercice, sans nécessairement conduire à une spécialisation à temps plein.
Un vétérinaire qui souhaite sortir d'un exercice généraliste peut par exemple évoluer vers :
Le référé
C'est l'une des pistes les plus évidentes : recevoir des patients adressés par des confrères pour des actes dentaires complexes.
L'exercice mixte
Dentisterie, chirurgie, animaux de compagnie et éventuellement une autre compétence peuvent être associés.
Ce modèle permet de conserver une activité variée tout en développant une expertise identifiable.
L'enseignement et la formation
Un vétérinaire expérimenté peut intervenir dans la formation continue ou dans l'enseignement clinique, sous réserve du cadre et des qualifications nécessaires.
Les organismes de formation recherchent des praticiens capables de transmettre des gestes techniques et de présenter des cas cliniques.
La recherche
La dentisterie vétérinaire reste un domaine où les questions cliniques sont nombreuses : douleur, résorption dentaire, gingivostomatite féline, imagerie, biomatériaux, chirurgie reconstructrice ou qualité de vie.
Le parcours peut donc également ouvrir vers la recherche ou l'enseignement supérieur.
L'expertise et l'industrie
Les compétences acquises peuvent également intéresser certains acteurs de l'industrie vétérinaire : fabricants de matériel dentaire, imagerie, anesthésie, dispositifs médicaux ou produits d'hygiène bucco-dentaire.
La frontière entre activité clinique, formation, expertise technique et industrie peut ainsi devenir plus poreuse au fil de la carrière.
Une spécialisation technique, mais pas nécessairement un enfermement
La dentisterie féline présente une particularité intéressante pour un vétérinaire qui souhaite faire évoluer son métier : elle permet de spécialiser son activité sans forcément changer complètement de statut ou de mode d'exercice.
Un praticien peut commencer par quelques formations, devenir référent dentaire de sa clinique, développer progressivement son activité, puis choisir entre exercice orienté, référé, activité salariée dans une structure spécialisée ou parcours vers la spécialisation européenne.
Le marché français ne permet pas encore de chiffrer précisément la demande en dentisterie féline. Mais plusieurs signaux sont favorables :
- une population féline importante,
- une fréquence élevée des affections bucco-dentaires,
- une montée en puissance de la formation,
- une offre spécialisée encore concentrée autour d'un nombre limité de praticiens.
Pour un vétérinaire en recherche d'une nouvelle orientation, la dentisterie féline peut donc constituer une piste sérieuse, à condition de raisonner d'abord en termes de territoire, réseau de confrères adresseurs, investissement matériel et niveau de spécialisation recherché...
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