- Les horaires atypiques ne se résument pas au travail de nuit. Ils englobent également les horaires décalés, les alternances de postes, les journées longues, le travail du soir ou du week-end, ainsi que certaines organisations fractionnées ou variables.
- Selon l’INRS, près d’un salarié sur deux en France est concerné par au moins une forme d’horaire atypique. Derrière cette réalité se pose une question centrale pour les entreprises : jusqu’où l’organisation du temps de travail peut-elle peser sur la santé et la sécurité des salariés ?
Des effets qui dépassent la seule fatigue
Le décalage des horaires de travail peut perturber les rythmes biologiques et sociaux des travailleurs. Le sommeil et la vigilance sont notamment concernés : lorsque les périodes d’activité ne correspondent plus au rythme veille-sommeil habituel, la durée et la qualité du sommeil peuvent diminuer, avec des conséquences possibles sur la fatigue, les performances et la sécurité au travail comme lors des trajets domicile-travail.
Les connaissances scientifiques sont particulièrement documentées pour le travail de nuit et le travail posté. L’INRS relève notamment des liens avec les troubles du sommeil et de la vigilance, certains troubles métaboliques et une augmentation de certains risques professionnels, dont les accidents du travail et de trajet.
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’OMS, classe par ailleurs depuis 2019 le travail de nuit comme probablement cancérogène pour l’être humain.
La question dépasse toutefois le seul travail nocturne. Horaires fractionnés, variables ou imprévisibles peuvent également compliquer la récupération et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Les données sont cependant moins homogènes pour ces organisations du travail. À cela s’ajoute la durée du travail : l’OMS et l’OIT estiment que travailler 55 heures ou plus par semaine est associé à un risque accru d’AVC et de cardiopathie ischémique.
En 2016, les deux organisations estimaient ainsi à 745 000 le nombre de décès dans le monde attribuables aux longues heures de travail.
Le risque ne se situe pas uniquement dans le rythme biologique
Les horaires atypiques peuvent également désynchroniser les temps professionnel, social et familial. Une organisation qui impose régulièrement des prises de poste très matinales, des fins de journée tardives ou des périodes de travail le week-end peut ainsi avoir des répercussions sur la vie quotidienne des salariés.
Cette dimension est importante pour la prévention : les effets des horaires ne peuvent pas être analysés indépendamment du contenu du travail, des temps de repos, des contraintes organisationnelles ou encore des possibilités de récupération.
Quelles marges de manœuvre pour les entreprises ?
La prévention ne consiste pas uniquement à donner aux salariés des recommandations individuelles sur le sommeil ou l’hygiène de vie. Elle peut aussi conduire à revoir les plannings et les rythmes de travail.
Parmi les pistes étudiées par l’INRS figurent notamment :
- limiter autant que possible le recours au travail de nuit et au travail posté ;
- éviter les successions trop importantes de nuits consécutives ;
- réfléchir aux heures de prise de poste, notamment lorsqu'elles interviennent très tôt le matin ;
- adapter le contenu et la charge du travail aux périodes de moindre vigilance ;
- prendre en compte les temps de récupération dans la conception des plannings ;
- associer les représentants du personnel et les acteurs de la prévention à la réflexion sur les horaires ;
- intégrer les horaires atypiques à l’évaluation des risques professionnels.
L’objectif est de passer d’une approche centrée sur la capacité individuelle du salarié à « tenir » des horaires contraignants à une réflexion plus globale sur la conception même de l’organisation du travail.
Un webinaire de l’INRS le 10 novembre 2026
C’est précisément cette question que l’INRS entend approfondir lors de son prochain webinaire « Horaires atypiques : quelle organisation du travail pour quels effets ? ».
La session sera animée par Laurence Weibel, chronobiologiste et experte d’assistance médicale à l’INRS. Elle permettra de faire le point sur les connaissances scientifiques disponibles concernant les conséquences des horaires atypiques sur la santé, la sinistralité ainsi que sur les équilibres sociaux et familiaux. Les mécanismes biologiques, sociaux et organisationnels seront également abordés.
Le webinaire s’adresse notamment aux chefs d’entreprise, responsables HSE, chargés de prévention, intervenants en prévention des risques professionnels, services de prévention et de santé au travail, médecins du travail, représentants du personnel et acteurs institutionnels.
Les participants pourront également adresser leurs questions aux experts pendant la session via un tchat.
Inscription obligatoire pour participer au webinaire.
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