Une brûlure légère, une piqûre de tique, une plaie superficielle ou une conjonctivite : autant de situations pour lesquelles certains patients se présentent spontanément au comptoir de leur pharmacie.
- Jusqu'où le pharmacien peut-il intervenir ?
- Dans quels cas doit-il orienter vers un médecin ?
- Et comment assurer le suivi de son intervention ?
Le décret n° 2026-999 du 26 octobre 2026, publié au Journal officiel le 28 octobre, apporte une partie des réponses. Pris en application de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, il définit les conditions dans lesquelles les pharmaciens pourront contribuer à l'évaluation et à la prise en charge de certaines situations cliniques.
OSyS : une expérimentation qui a fait ses preuves
Le dispositif OSyS ne date pas de 2026. Portée notamment par l'association Pharma Système Qualité et les unions régionales des professionnels de santé (URPS) pharmaciens, cette expérimentation menée dans le cadre de l'article 51 de la LFSS pour 2018 visait à évaluer la capacité des officines à prendre en charge des situations cliniques simples, à partir de protocoles définis.
Selon le rapport final d'évaluation publié en novembre 2025, le dispositif a mobilisé 131 pharmacies dans quatre régions :
- Bretagne,
- Corse,
- Centre-Val de Loire,
- Occitanie.
Entre juillet 2021 et décembre 2024, ces officines ont réalisé 8 775 évaluations et orientations de patients.
Le bilan fait notamment état d'une réduction estimée de 73,4 % du taux de recours jugés inappropriés ou évitables aux médecins généralistes et aux services d'urgence, dans le périmètre étudié.
L'expérimentation portait initialement sur six situations : plaies simples, brûlures du premier degré, piqûres de tique, conjonctivites, douleurs pharyngées et symptômes urinaires. Les angines et les cystites ont ensuite intégré un autre cadre réglementaire en 2024, permettant sous conditions la délivrance de certains antibiotiques après réalisation d'un test rapide.
Dans sa configuration transitoire actuelle, OSyS concerne donc quatre situations : les plaies simples, les brûlures, les piqûres de tique et les conjonctivites.
Évaluer, prendre en charge ou orienter : ce que prévoit le décret
Le décret du 26 octobre crée deux nouveaux articles dans le Code de la santé publique, les articles R. 5125-33-13 et R. 5125-33-14.
Le premier définit trois possibilités d'intervention pour le pharmacien, selon la situation clinique rencontrée :
- Contribuer aux soins de premiers recours.
- Orienter le patient vers un autre professionnel de santé ou un service d'urgence lorsque son état le nécessite.
- Dispenser des dispositifs médicaux ou des médicaments non soumis à prescription médicale obligatoire, selon les modalités prévues par les textes.
Cette compétence ne donne pas aux pharmaciens une autorisation générale de poser des diagnostics médicaux ou de prescrire librement des traitements.
L'intervention devra s'inscrire dans un périmètre précisément défini. L'identification des signes d'alerte et des critères d'exclusion sera donc déterminante pour décider si le patient peut être pris en charge à l'officine.
Des obligations de traçabilité qui vont peser sur l'organisation
La reconnaissance réglementaire de cette activité s'accompagne de nouvelles exigences pratiques.
Le pharmacien devra recevoir le patient dans des locaux garantissant la confidentialité des échanges et permettant un accueil individualisé. Les conditions techniques seront fixées dans un cahier des charges ministériel.
Le décret impose également l'inscription d'informations précises dans le dossier médical partagé (DMP), notamment la description des symptômes, les éventuels critères d'exclusion, la conclusion de l'évaluation, les soins réalisés et les produits dispensés.
Ces informations devront aussi être transmises au médecin traitant par messagerie sécurisée de santé.
Lorsqu'un produit de santé est délivré, le patient devra recevoir un document mentionnant sa dénomination, sa posologie et la durée du traitement.
L'Ordre national des pharmaciens indique que des travaux sont encore nécessaires pour permettre la saisie des informations dans le DMP.
Pour les titulaires et les adjoints, une nouvelle répartition du temps de travail ?
L'élargissement des missions cliniques ne se résume pas à une modification des actes autorisés. Il pose aussi la question des moyens humains.
Le rapport final d'OSyS souligne une difficulté rencontrée pendant l'expérimentation : dans de nombreuses pharmacies participantes, un seul pharmacien était formé au dispositif.
Cette organisation limitait mécaniquement la possibilité d'assurer les évaluations en continu, notamment lors des absences, des congés ou des périodes d'affluence.
Pour les titulaires souhaitant proposer cette activité, la préparation pourrait donc passer par la formation de plusieurs pharmaciens, la répartition des plages dédiées aux entretiens et l'adaptation des procédures internes.
Les adjoints pourraient, de leur côté, voir leur participation aux activités cliniques prendre davantage de place dans leur exercice. La capacité à conduire un entretien, à utiliser des outils décisionnels et à assurer une orientation pertinente pourrait devenir un élément supplémentaire de leur autonomie professionnelle.
Les préparateurs en pharmacie auront aussi un rôle possible dans l'accueil et le repérage des demandes, sans que cela leur confère les compétences cliniques réservées aux pharmaciens.
La rémunération d'OSyS figure parmi les sujets des négociations conventionnelles engagées en 2026 entre l'Assurance maladie et les représentants des pharmaciens.
Étudiants en pharmacie : des compétences cliniques à valoriser dès les premiers postes
Cette évolution intervient alors que la formation des futurs pharmaciens connaît elle-même une transformation.
Depuis la rentrée universitaire de septembre 2026, la sixième année de la filière officine est organisée autour d'un diplôme d'études spécialisées (DES) court d'une durée d'un an. La réforme prévoit notamment deux stages professionnalisants de six mois dans deux officines différentes, accompagnés d'enseignements théoriques.
L'ambition affichée par les pouvoirs publics est de rapprocher davantage la formation universitaire des conditions réelles d'exercice.
OSyS donne une portée supplémentaire à cette orientation.
Pour les étudiants qui s'apprêtent à rejoindre le marché du travail, plusieurs savoir-faire pourraient prendre une place croissante dans les attentes des employeurs : conduire un interrogatoire clinique structuré, reconnaître les signes de gravité, connaître les limites de son intervention, expliquer une décision au patient et assurer une transmission exploitable par les autres soignants.
La maîtrise du dossier médical partagé, de la messagerie sécurisée de santé et des outils numériques d'aide à la décision constitue également un domaine à approfondir.
Pour les jeunes diplômés, ces connaissances pourront être valorisées au moment de rechercher un premier poste d'adjoint. Un candidat capable de démontrer une expérience des entretiens pharmaceutiques, de l'orientation clinique ou du travail pluriprofessionnel pourra mettre en avant des compétences directement liées à l'évolution du métier.
À ce stade, le décret OSyS ne crée toutefois pas, à lui seul, une obligation nationale de formation spécifique dont le contenu serait déjà arrêté.
Des stages qui pourraient évoluer avec les nouvelles missions
La généralisation d'OSyS pourrait également influencer le choix des terrains de stage.
Les étudiants auront intérêt à observer la manière dont les officines organisent leurs missions de santé publique :
- vaccination,
- dépistage,
- entretiens pharmaceutiques,
- coordination avec les médecins,
- et, progressivement, prise en charge de situations cliniques.
L'exposition à ces pratiques pourra leur permettre de se familiariser avec les responsabilités qu'ils exerceront après l'obtention de leur diplôme.
Pour les maîtres de stage, l'évolution du métier ouvre aussi une réflexion sur l'accompagnement pédagogique. Les mises en situation, l'analyse de cas cliniques, l'identification des motifs de réorientation et la rédaction des transmissions pourront enrichir les apprentissages, dans le respect du périmètre d'intervention autorisé aux étudiants.
Généralisation d'OSyS : les prochaines étapes à surveiller
Le décret est entré en vigueur le 29 octobre 2026. Il ne signifie pas pour autant que toutes les pharmacies françaises peuvent immédiatement proposer l'ensemble des prises en charge expérimentées dans OSyS.
Plusieurs éléments restent attendus, dont la liste définitive des situations cliniques, leurs modalités de prise en charge et le cahier des charges technique applicable aux locaux.
La question de la rémunération doit également trouver une traduction conventionnelle.
Dans l'intervalle, les pharmacies déjà engagées dans OSyS bénéficient d'une période transitoire ouverte au 1er janvier 2026. Celle-ci permet la poursuite de l'activité dans les structures participantes, sans ouverture générale du dispositif aux autres officines.
Pour les praticiens, le travail préparatoire sera donc autant organisationnel que clinique. Pour les étudiants, cette évolution offre une indication sur la direction prise par la profession : une officine où les compétences thérapeutiques, l'évaluation des symptômes, la coordination des soins et la maîtrise des outils numériques sont appelées à se conjuguer davantage.
La généralisation d'OSyS ne créera pas à elle seule un nouveau métier. Elle pourrait, en revanche, modifier sensiblement la façon de l'exercer et les compétences attendues des pharmaciens qui y feront leurs premiers pas.
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