Cette bascule concerne donc directement les études de pharmacie et de chirurgie dentaire, dans une logique d’alignement des modalités d’accès et de normalisation des attendus académiques.

Avant / après : d’un système bifide à un continuum unifié

  • Avant la réforme, l’accès aux études de santé reposait sur un modèle dual, combinant PASS et LAS, caractérisé par une forte hétérogénéité interuniversitaire. Les modalités d’évaluation, les pondérations disciplinaires et les seuils d’admission variaient sensiblement d’un site à l’autre. Cette variabilité introduisait des distorsions manifestes dans les probabilités d’accès aux filières de pharmacie comme d’odontologie. À cela s’ajoutait une segmentation des parcours, avec des trajectoires souvent discontinues et difficilement anticipables pour les étudiants.
  • Après la réforme, une licence santé unifiée doit se substituer à cette organisation fragmentée. Le dispositif repose sur un socle national harmonisé, structuré autour de blocs de compétences communs, avec des critères d’accès clarifiés et mutualisés. L’entrée dans les filières MMOPK (y compris odontologie) s’inscrira dans un continuum académique plus lisible, limitant les effets de seuil et les disparités territoriales.

Un système PASS/LAS structurellement déséquilibré

Les données issues du ministère de l’Enseignement supérieur confirment les limites du modèle actuel.

L’une des principales distorsions concerne l’écart de réussite entre les deux voies :

  • PASS : environ 47 % d’accès en 2e année
  • LAS : entre 23 % et 26 %

Cet écart se retrouve également dans l’accès dès la première année :

  • PASS : 33 à 36 %
  • LAS : 17 à 19 %

Des flux en contraction et des filières sous tension

Le volume d’étudiants engagés dans les études de santé a connu une baisse significative :

39 000 étudiants en première année en 2022, contre 54 600 en 2020

Cette contraction s’accompagne d’une répartition très inégale entre filières.

Parmi les admissions en deuxième année :

  • Médecine : 24,2 %
  • Pharmacie : 6,5 %
  • Odontologie : 3,1 %

Sur la période 2021-2025, les capacités nationales illustrent également ce déséquilibre :

  • Pharmacie : 5 220 places
  • Odontologie : 7 270 places

Des trajectoires marquées par une forte perte d’efficience

Au-delà des taux d’accès, la question de la continuité des parcours reste centrale.

Selon la Cour des comptes, 63 % des étudiants perdent au moins une année dans leur parcours, y compris après la mise en place du PASS/LAS.

Ce chiffre met en évidence une inefficience persistante du système, avec des réorientations tardives et des parcours peu capitalisables. La licence santé entend répondre à cette problématique en instaurant une logique de progression cumulative, fondée sur la capitalisation des crédits ECTS et la continuité académique.

Une convergence attendue entre pharmacie et odontologie

L’un des apports majeurs de la réforme réside dans l’alignement des voies d’accès aux différentes professions de santé. Jusqu’à présent, malgré un tronc commun en première année, les dynamiques de recrutement pouvaient diverger sensiblement entre pharmacie, médecine et odontologie.

Le futur dispositif consacre une intégration pleine et entière de la filière odontologique dans la même matrice d’accès que les autres disciplines. Cette convergence répond à une double exigence :

  • homogénéiser le niveau scientifique à l’entrée en deuxième année
  • fluidifier les passerelles entre filières en début de cursus

Une réponse à la désorganisation du modèle PASS/LAS

Le diagnostic posé par les pouvoirs publics et les acteurs de terrain est désormais largement partagé : le système PASS/LAS n’a pas produit la stabilisation attendue. Complexité excessive, empilement de parcours, manque de lisibilité sur Parcoursup, disparités locales : autant de facteurs ayant contribué à une perte de repères pour les étudiants.

Dans certaines académies, la coexistence de dizaines de combinaisons de licences et d’options a rendu l’orientation particulièrement opaque, avec des conséquences directes sur les taux d’échec et les abandons précoces.

Des parcours académiques moins discontinus

La question des trajectoires étudiantes constitue un point nodal de la réforme. Le modèle actuel expose un nombre significatif d’étudiants à des réorientations tardives, souvent subies, malgré l’existence de mécanismes de compensation.

La licence santé introduit une logique de progression cumulative, fondée sur la capitalisation des crédits et la continuité des apprentissages. Cette évolution vise à limiter les ruptures brutales en fin de première année, en particulier pour les étudiants non admis en deuxième année de pharmacie ou d’odontologie.

Une redéfinition implicite des profils attendus

Au-delà des modalités d’accès, la réforme engage une évolution plus profonde des profils recrutés. Le système PASS/LAS, malgré l’introduction des LAS, a largement reconduit une logique de sélection académique centrée sur les performances scientifiques immédiates.

Le futur cadre ouvre la voie à une appréciation plus étendue des compétences, incluant des dimensions transversales. Cette inflexion fait écho aux transformations des métiers de pharmacien et de chirurgien-dentiste, marqués par :

  • une montée en puissance des compétences relationnelles
  • une intégration accrue des outils numériques
  • une diversification des modes d’exercice

Un impact direct sur les facultés de pharmacie et d’odontologie

La mise en œuvre opérationnelle de cette réforme implique une refonte des maquettes pédagogiques et des modalités de sélection en deuxième année.

Les facultés de pharmacie comme celles d’odontologie devront :

  • recalibrer les prérequis scientifiques
  • adapter les dispositifs d’évaluation
  • renforcer l’accompagnement des étudiants en amont

Une réforme qui dépasse la seule première année

Enfin, il convient de replacer cette refonte dans une dynamique plus large de transformation des études de santé. Du côté de l’odontologie, les travaux récents sur le troisième cycle illustrent déjà une volonté d’harmonisation et de montée en compétences progressive des futurs praticiens.

La réforme de l’accès en première année apparaît ainsi comme un moyen parmi d’autres pour réinterroger l’ensemble de la formation, depuis l’entrée à l’université jusqu’à l’exercice professionnel.

Calendrier de la réforme de l’accès aux études de santé

La refonte de la première année des études de santé s’inscrit dans un calendrier progressif, dont les grandes étapes sont désormais identifiées, sous réserve de la publication des textes d’application.

  • Fin 2024 – début 2025 : phase de diagnostic et d’arbitrage, marquée notamment par la publication du rapport de la Cour des comptes, qui met en évidence les limites du dispositif actuel.
  • Années 2025 et 2026 : phase de concertation avec les universités, les conférences de doyens et les ordres professionnels, dont l’Ordre national des pharmaciens. Cette séquence vise à définir les maquettes pédagogiques, les modalités d’évaluation et les référentiels nationaux de la future licence santé.
  • Rentrée 2026 : maintien du système Parcours d'accès spécifique santé (PASS) / Licences avec option accès santé (LAS), avec des ajustements possibles en préparation de la réforme.
  • Rentrée universitaire 2027 : entrée en vigueur du nouveau dispositif, avec la mise en place d’une licence santé unifiée et la disparition du PASS et des LAS. Cette réforme concerne l’ensemble des filières de santé, dont la pharmacie et l’odontologie.
  • À partir de 2027-2028 : suivi des premières cohortes issues du nouveau modèle et ajustements pédagogiques en fonction des résultats observés, notamment en matière de réussite et de répartition des étudiants entre les filières.

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