Une certification pour suivre les compétences dans la durée

La certification périodique repose sur un principe simple : vérifier, à intervalles réguliers, que les professionnels de santé maintiennent leurs connaissances à jour et adaptent leurs pratiques aux évolutions scientifiques. Ce dispositif a été instauré par la loi de 2019 relative à l’organisation du système de santé, puis précisé par une ordonnance en 2021.

Il s’applique aujourd’hui à sept professions disposant d’un ordre : médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, pharmaciens, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes et pédicures-podologues.

L’idée n’est pas de contrôler ponctuellement, mais d’inscrire les professionnels dans une démarche continue. Concrètement, chacun doit être en mesure de démontrer qu’il entretient ses compétences tout au long de sa carrière.

Des actions variées, au plus près du terrain

Dans les faits, les professionnels disposent d’une certaine liberté pour construire leur parcours. Les actions retenues peuvent être très diverses :

formations continues, programmes de développement professionnel continu (DPC), évaluations des pratiques, participation à des groupes de pairs, engagement dans des démarches territoriales ou encore actions liées à la relation patient.

  • Un médecin généraliste pourra, par exemple, suivre une formation sur la prise en charge des maladies chroniques, tout en participant à une analyse collective de pratiques au sein de sa maison de santé.
  • Une infirmière pourra valoriser son implication dans un protocole de coopération ou dans une démarche d’amélioration de la qualité des soins.
  • Un pharmacien, de son côté, pourra s’inscrire dans une formation sur les nouvelles missions officinales, comme la vaccination ou le dépistage, tout en participant à une action locale de prévention (par exemple autour du bon usage des antibiotiques). Il pourra également valoriser des entretiens pharmaceutiques réalisés auprès de patients atteints de pathologies chroniques, ou son implication dans la sécurisation de la dispensation des médicaments.
  • Chez les chirurgiens-dentistes, les actions pourront inclure des formations sur les nouvelles techniques de soins conservateurs ou d’implantologie, mais aussi des démarches d’évaluation des pratiques, comme l’analyse des taux de reprise de soins ou l’amélioration des protocoles d’hygiène et de stérilisation au cabinet. La participation à des actions de prévention bucco-dentaire, notamment auprès des publics jeunes, peut également entrer dans le cadre.

Cette souplesse vise à coller au plus près des réalités du terrain, sans enfermer les professionnels dans un cadre trop rigide.

Le DPC intégré, mais pas suffisant

Le développement professionnel continu (DPC), déjà bien installé dans le paysage, s’inscrit naturellement dans la certification périodique. Il en constitue même un pilier.

Mais il ne suffit pas, à lui seul, à valider l’ensemble du dispositif. La certification va plus loin, en intégrant des dimensions comme la relation patient ou la santé du professionnel, qui n’étaient pas toujours pleinement prises en compte jusqu’ici.

Pour les professionnels, cela implique d’élargir leur vision de la formation et de valoriser des actions parfois informelles, mais pourtant centrales dans leur pratique quotidienne.

Un suivi assuré par les ordres professionnels

Le contrôle de la certification périodique est confié aux ordres professionnels. Ce sont eux qui vérifient que les obligations sont respectées et qui accompagnent les praticiens dans leur démarche.

La Haute Autorité de santé intervient, de son côté, pour définir les orientations et élaborer les référentiels propres à chaque profession.

Concrètement, chaque professionnel doit pouvoir présenter un dossier retraçant les actions réalisées au cours de son cycle. Ce suivi reste, pour l’instant, relativement souple, dans une logique d’appropriation progressive.

Une réponse aux attentes des patients

Au-delà des professionnels, la certification périodique répond aussi à une attente forte du côté des patients : celle d’une garantie sur le maintien des compétences.

Elle apporte un cadre permettant de s’assurer que les connaissances évoluent au même rythme que les besoins et ce, alors que les transformations des pratiques médicales sont de plus en plus rapides.

Elle participe également à renforcer la confiance dans le système de santé, en introduisant un suivi plus lisible des parcours professionnels.

Un dispositif encore en construction

Trois ans après son lancement, la certification périodique n’a pas encore atteint sa pleine maturité. Les référentiels continuent d’être précisés, et les outils de suivi se développent progressivement.

Sur le terrain, les professionnels s’approprient peu à peu le dispositif, avec des niveaux d’avancement variables selon les métiers et les modes d’exercice.

Cette phase de rodage laisse encore place à des interrogations, notamment sur la charge administrative ou sur la reconnaissance des actions réalisées.

Une transformation silencieuse du métier

Derrière ses aspects techniques, la certification périodique traduit une évolution plus profonde : celle d’un métier qui ne se conçoit plus comme acquis une fois pour toutes. Elle installe l’idée d’un apprentissage permanent, inscrit dans le quotidien des soignants. À terme, elle pourrait redessiner les repères de la profession, en valorisant davantage l’analyse des pratiques, la coopération et la qualité de la relation avec les patients.