Réalisée auprès de plus de 2 000 jeunes de 16 à 25 ans au Royaume-Uni, elle montre un renversement inattendu : la génération Z considère désormais l’industrie pharmaceutique comme plus utile à la société, plus équilibrée et parfois plus attractive que les géants de la tech ou de la finance.

Derrière cette évolution se cache un changement profond dans les attentes des jeunes actifs. Salaire, stabilité, sens, équilibre de vie ou encore impact sociétal : la Gen Z ne cherche plus seulement un “job prestigieux”, mais un secteur capable de répondre à plusieurs aspirations à la fois.

La pharma gagne du terrain face à la tech et à la finance

Premier enseignement de l’étude : l’industrie pharmaceutique bénéficie d’une image étonnamment positive auprès des jeunes.

Les répondants considèrent davantage la pharma comme une “force positive pour la société” que plusieurs secteurs historiquement attractifs. Ainsi, 54 % des jeunes interrogés jugent la pharma bénéfique pour la société, contre seulement 23 % pour la tech. La finance recueille 25 % d’opinions positives sur cet aspect, tandis que le secteur de l’énergie atteint 20 %.

Cette perception est loin d’être anodine. Depuis plusieurs années, les entreprises technologiques misaient justement sur leur capacité à “changer le monde” pour séduire les nouvelles générations. Mais les scandales liés aux réseaux sociaux, les vagues de licenciements massifs dans la Silicon Valley ou encore les critiques autour de l’intelligence artificielle ont progressivement modifié l’image du secteur.

La Gen Z veut gagner sa vie… sans sacrifier son équilibre

Contrairement à certaines idées reçues, la quête de sens n’est pas le seul moteur de la génération Z. L’étude révèle que le salaire reste le premier critère dans le choix d’une carrière.

La moitié des jeunes interrogés affirment que les revenus proposés constituent l’élément le plus important lorsqu’ils évaluent un poste. L’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle arrive ensuite avec 28 %, devant l’intérêt du travail lui-même (23 %) et la sécurité de l’emploi (20 %).

La pharma coche précisément plusieurs de ces cases.

Le secteur bénéficie d’une réputation de stabilité, notamment face à la volatilité actuelle des métiers du numérique. Les licenciements dans les grandes entreprises technologiques américaines ont fortement marqué les jeunes diplômés ces dernières années. Dans ce contexte, les laboratoires pharmaceutiques apparaissent comme des employeurs plus durables et plus rassurants.

L’étude souligne également que les jeunes perçoivent la pharma comme un secteur offrant un meilleur équilibre de vie que la tech. Un élément devenu particulièrement important depuis la généralisation du télétravail et la montée des préoccupations liées à la santé mentale au travail.

Un problème persiste : beaucoup de jeunes ignorent les métiers de la pharma

Si l’image globale du secteur s’améliore, un obstacle majeur demeure : la méconnaissance des carrières proposées.

Les focus groups menés dans le cadre de l’étude montrent que de nombreux jeunes associent encore la pharma uniquement aux métiers scientifiques ou aux laboratoires de recherche. Résultat : une partie des étudiants ne se sent pas légitime pour rejoindre ce secteur.

L’ABPI estime justement que cette mauvaise compréhension des métiers pénalise les entreprises du secteur dans leur recrutement.

Dans son rapport, l’organisation recommande ainsi aux laboratoires de “ne pas partir du principe que les jeunes connaissent déjà l’industrie”. Elle invite également les entreprises à mieux expliquer les missions concrètes des métiers proposés et à rendre les offres d’emploi plus accessibles.

La diversité des profils devient un enjeu majeur

Autre enseignement important du rapport : les jeunes considèrent encore la pharma comme un secteur relativement fermé socialement.

L’étude montre que beaucoup associent l’industrie à des parcours universitaires très élitistes, voire exclusivement scientifiques. Cette perception nourrit l’idée que les profils issus d’autres horizons n’y ont pas leur place.

Pour les laboratoires, le sujet devient stratégique. Le secteur fait face à des besoins croissants en compétences, notamment dans les domaines du numérique, de la data ou de l’intelligence artificielle.

L’ABPI insiste notamment sur la nécessité de développer :

  • les apprentissages ;
  • les parcours professionnalisants ;
  • les recrutements hors des filières traditionnelles ;
  • les campagnes sur les réseaux sociaux.
  • TikTok et Instagram deviennent des outils RH

L’étude souligne aussi le rôle croissant des réseaux sociaux dans la perception des carrières.

Pour une partie de la génération Z, TikTok, Instagram ou YouTube remplacent progressivement les salons étudiants et les forums d’orientation traditionnels. Les jeunes découvrent désormais les métiers via des contenus immersifs, des témoignages ou des vidéos “day in the life”.

Les entreprises pharmaceutiques commencent donc à investir ces plateformes pour montrer les coulisses de leurs métiers et casser l’image d’un univers inaccessible. Cette évolution marque une rupture importante avec les pratiques historiques du secteur, longtemps très institutionnelles dans sa communication RH.

Une revanche inattendue pour un secteur longtemps jugé “vieillot”

Ce regain d’intérêt constitue presque une revanche pour l’industrie pharmaceutique.

Pendant des années, les grandes entreprises technologiques concentraient l’attention des jeunes diplômés grâce à leur image innovante, leurs bureaux spectaculaires et leurs promesses de croissance rapide.

Aujourd’hui, les priorités évoluent. Les jeunes actifs semblent davantage rechercher des secteurs capables d’offrir :

  • un impact concret ;
  • une certaine sécurité ;
  • des perspectives de carrière durables ;
  • et un équilibre plus soutenable.

Ainsi, la pharma bénéficie d’un positionnement inédit. Le secteur apparaît désormais comme un compromis entre innovation, utilité sociale et stabilité économique.

Et la France dans tout ça ?

En France aussi, les indicateurs montrent une amélioration de l’image de l’industrie auprès des jeunes générations, y compris dans la santé et la pharmacie. Une étude menée en 2025 par L’Usine Nouvelle, le réseau des CCI et RS France révèle que 60 % des jeunes Français de 18 à 25 ans ont une “assez bonne opinion” de l’industrie.

Surtout, la santé et la pharmacie figurent désormais parmi les secteurs industriels qui séduisent le plus les jeunes : 21 % des répondants citent spontanément la pharma parmi les industries attractives, derrière le luxe/cosmétique (27 %) et l’automobile (24 %).

Mais la France fait aussi face à un problème structurel : les métiers pharmaceutiques restent mal connus.

Une enquête publiée en 2025 par l’Ordre national des pharmaciens montre que l’attractivité de la filière demeure fragile, notamment chez les étudiants. Les professions liées à l’industrie pharmaceutique souffrent encore d’une image très technique, parfois perçue comme élitiste ou réservée à certains parcours académiques.

Le sujet est devenu suffisamment préoccupant pour pousser la profession à investir massivement les réseaux sociaux et les campagnes ciblant les jeunes. L’Ordre des pharmaciens évoque notamment une forte présence sur TikTok et Instagram, avec plusieurs millions de vues cumulées pour ses contenus de promotion des métiers.

Pourtant, les besoins de recrutement sont importants. La pharmacie et les industries de santé recherchent des profils dans :

Le secteur pharmaceutique représente près de 100 000 emplois directs en France selon les données du Leem, l’organisation professionnelle des entreprises du médicament. Le paradoxe français est donc là : la pharma bénéficie d’une image plus moderne qu’il y a dix ans, mais peine encore à convaincre les jeunes qu’elle offre des carrières variées, accessibles et compatibles avec leurs nouvelles attentes.

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