Selon nos confrères, ce pharmacien basé à Vélines cumule déjà près de 6 millions de vues depuis le lancement de ses contenus en mars 2026. Une performance remarquable pour un professionnel exerçant en officine, dans un univers numérique souvent dominé par les créateurs lifestyle ou divertissement.
Un pharmacien de Dordogne devenu viral
Installé à Vélines, en Dordogne, Leevan Decou publie depuis le printemps des vidéos courtes sur les réseaux sociaux. Son ton est direct, son format dynamique, ses sujets concrets : effets secondaires, bons réflexes santé, erreurs fréquentes, usages du quotidien.
Dans les extraits relayés, il explique vouloir « redorer le blason de notre génération ». La phrase résume bien l’ambition de nombreux jeunes pharmaciens : montrer une profession plus moderne, plus accessible et plus connectée aux usages du grand public.
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Pourquoi ce succès parle à toute la profession
Le pharmacien reste l’un des professionnels de santé les plus accessibles. Sans rendez-vous, présent sur tout le territoire, identifié dans la vie quotidienne, il bénéficie d’un capital confiance fort. Pourtant, son image publique reste parfois figée : délivrance d’ordonnances, comptoir, files d’attente.
Or la réalité a changé.
Vaccination, dépistage, prévention, renouvellement de traitements, accompagnement thérapeutique, conseils de premier recours : les missions se sont largement élargies. Les réseaux sociaux permettent de rendre visible cette transformation.
En quelques secondes de vidéo, un pharmacien peut montrer ce qu’aucune campagne institutionnelle n’explique vraiment : son utilité concrète au quotidien.
TikTok, terrain naturel de la vulgarisation santé
Le format vidéo court favorise trois ingrédients particulièrement efficaces dans le domaine santé :
- des réponses simples à des questions fréquentes ;
- des mises en situation ;
- des corrections d’idées reçues.
Une tendance mondiale, pas seulement française
Le phénomène observé en Dordogne s’inscrit dans une vague internationale de “medfluencers”, ces professionnels de santé devenus créateurs de contenus. Des travaux universitaires ont même commencé à cartographier leur influence et leurs thématiques durant la pandémie de Covid-19.
Si les médecins occupent souvent le devant de la scène, les pharmaciens prennent désormais leur place.
Les figures qui comptent à l’étranger
Le Pharmachien, la référence francophone
Au Québec, Olivier Bernard, alias Le Pharmachien, est sans doute l’exemple le plus abouti. Pharmacien de formation, il a construit une marque média puissante grâce à des BD pédagogiques, livres, conférences et émissions TV.
Son angle : démonter les pseudo-sciences, les fausses promesses bien-être et les croyances médicales douteuses avec humour. Il a contribué à montrer qu’un pharmacien pouvait devenir un communicant grand public crédible et populaire.
PhilsMyPharmacist, version américaine grand public
Aux États-Unis, plusieurs comptes de pharmaciens rassemblent des communautés massives. Parmi eux, Phil Cowley (@philsmypharmacist), souvent cité dans les classements spécialisés d’influenceurs pharmacie.
Le modèle américain mêle souvent conseils bien-être, recommandations lifestyle, suppléments et contenus motivationnels. Avec une frontière parfois plus floue entre pédagogie et commerce.
Suzanne Soliman, approche experte et média
Autre profil américain remarqué : Suzanne Soliman, pharmacienne certifiée, autrice et intervenante média. Elle incarne une forme plus institutionnelle d’influence : expertise, conférences, présence éditoriale, contenus spécialisés.
En Europe, l’exemple des urgentistes et paramédicaux
Le phénomène dépasse la pharmacie stricte. En Allemagne, RobMedC, ambulancier et créateur de contenus, s’est fait connaître avec des vidéos éducatives et humoristiques sur les gestes d’urgence. Il montre que la santé devient un territoire naturel des plateformes sociales.
Attention aux dérives possibles
Cette montée en puissance pose aussi des questions.
Plusieurs travaux académiques montrent que l’essor des professionnels de santé sur les réseaux s’accompagne d’une montée des logiques commerciales.
- Une étude consacrée aux “influencer doctors” met en évidence la fréquence des collaborations avec des marques et la place importante des contenus promotionnels dans leurs publications.
- D’autres recherches pointent un manque de transparence persistant : une analyse publiée dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health estime qu’une faible proportion de contenus sponsorisés est clairement signalée, malgré les obligations réglementaires.
- Dans le British Medical Journal, des chercheurs alertent également sur un déséquilibre : les contenus produits par des professionnels de santé sur les réseaux peuvent atteindre une audience massive sans être soumis aux mêmes exigences de transparence, de relecture ou de gestion des conflits d’intérêts que la recherche scientifique.
- Cette “professionnalisation” de l’influence santé est également documentée dans des travaux récents sur les réseaux sociaux, qui montrent une montée progressive de la monétisation et des stratégies marketing chez les créateurs, y compris dans les domaines médicaux.
- Enfin, la littérature médicale commence à s’emparer du sujet du côté des pratiques professionnelles : un article publié sur PubMed Central souligne la nécessité d’intégrer des formations à l’éthique de l’influence et à la gestion des partenariats commerciaux dans les cursus de santé.
Dans la santé, l’exigence éthique est encore plus forte. Pour un pharmacien créateur de contenus, plusieurs lignes rouges existent :
- ne pas banaliser un médicament ;
- ne pas promettre des résultats ;
- distinguer information générale et conseil individuel ;
- signaler clairement les contenus sponsorisés ;
- rester conforme aux règles déontologiques.
Les mécanismes d’engagement propres aux plateformes favorisent une montée rapide en visibilité, mais aussi une exposition accrue au risque réputationnel. Avec tous ces éléments pris en compte, la moindre ambiguïté (sur la rigueur scientifique, l’intention commerciale ou la déontologie) peut produire un effet de rupture avec l’audience.
Une opportunité pour les groupements et enseignes
Les réseaux de pharmacies, groupements et marques santé observent forcément cette tendance. Car elle ouvre de nouvelles pistes :
- campagnes de prévention incarnées ;
- recrutement des jeunes diplômés ;
- valorisation des nouvelles missions ;
- lutte contre la désinformation ;
- communication locale des officines.
Pourquoi Leevan Decou intéresse au-delà du buzz
Le succès du pharmacien de Dordogne ne tient pas seulement à l’algorithme. Il raconte autre chose : l’arrivée d’une génération qui n’oppose plus expertise médicale et culture numérique.
L’entrée des pharmaciens sur les réseaux marque un basculement : on passe de contenus de vulgarisation souvent généralistes à des prises de parole ancrées dans la pratique. Les formats restent ceux des plateformes, mais le fond repose désormais sur une expertise clinique et une responsabilité déontologique.
L’exemple de ce pharmacien montre qu’une officine peut aujourd’hui dépasser son ancrage local et toucher un public bien plus large, sans renoncer à son rôle de professionnel de santé... à condition d'avoir le temps !
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