• L’Université de Lille fait évoluer ses règles concernant les absences étudiantes. Depuis la rentrée de septembre 2026, les étudiants pourront bénéficier d’un Arrêt personnel pour raison impérieuse (APRI), un dispositif d’absence autojustifiée qui ne repose pas sur la présentation d’un certificat médical.
  • La mesure est notamment destinée à répondre aux difficultés rencontrées par les personnes souffrant de règles douloureuses.
  • Mais son champ d’application est plus large : l’université entend également permettre aux étudiants de faire face à certaines situations personnelles susceptibles de perturber leur présence en cours ou leur parcours universitaire.

Jusqu’à 14 jours d’absence par an sans certificat médical

Le fonctionnement annoncé par l’Université de Lille est relativement simple.

Chaque étudiant pourra disposer de 14 jours d’absence par an, avec plusieurs limites :

  • 2 jours maximum par mois ;
  • 2 jours consécutifs au maximum ;
  • aucune obligation de fournir un certificat médical ;
  • une autojustification devra être effectuée dans les 48 heures.

Les règles douloureuses au cœur de la mesure

L'Université de Lille s'appuie notamment sur la réalité des règles douloureuses chez les jeunes.

Selon le communiqué, celles-ci concernent près d'une personne menstruée sur deux. Les dysménorrhées peuvent provoquer des douleurs importantes, mais aussi des difficultés de concentration et des absences répétées. Dans certaines situations, elles peuvent même perturber durablement le déroulement des études.

Jusqu'à présent, un étudiant souhaitant justifier une absence liée à des symptômes importants pouvait être amené à consulter un médecin afin d'obtenir un certificat.

Pour l'université, cette organisation peut créer plusieurs difficultés : consultations supplémentaires, démarches administratives et nécessité de justifier une situation dont les symptômes peuvent varier d'un mois à l'autre.

Un dispositif qui ne concerne pas uniquement les menstruations

L'APRI ne constitue pas officiellement un simple « congé menstruel ».

Le communiqué précise que les absences autojustifiées pourront également être utilisées pour faire face à des migraines chroniques, des démarches administratives sensibles, un deuil, des situations de violences ou des urgences personnelles.

Cette formulation élargit donc considérablement le dispositif.

Un étudiant confronté à un événement familial difficile, à une situation administrative nécessitant sa présence ou à une difficulté personnelle ponctuelle pourra potentiellement utiliser ces journées sans devoir fournir de document médical.

Une absence autojustifiée, mais pas un abandon du suivi

L'absence de certificat médical ne signifie pas que l'étudiant sera privé d'accompagnement.

L'Université de Lille précise que les étudiants utilisant l'APRI seront systématiquement informés des aides auxquelles ils peuvent avoir accès. Cela peut concerner les dispositifs médicaux, sociaux, matériels ou juridiques disponibles au sein de l'université.

Le système cherche donc à combiner deux éléments : une plus grande autonomie pour déclarer une absence et la possibilité d'être orienté vers les services adaptés lorsque la situation le nécessite.

Une mesure qui concerne aussi les étudiants en santé

Cette nouvelle règle concerne l'ensemble des étudiants de l'Université de Lille. Elle peut donc également intéresser ceux qui suivent des formations particulièrement exigeantes, notamment dans les filières de santé.

L'université propose notamment des formations en pharmacie et en odontologie, accessibles après une première année PASS ou via une LAS.

Une expérimentation à suivre

Avec l'APRI, l'Université de Lille entend modifier la manière dont certaines absences sont gérées dans l'enseignement supérieur.

Le dispositif sera effectif dès la rentrée de septembre 2026.

L'université indique avoir construit cette mesure avec des étudiants élus et présente l'initiative comme une manière de mieux prendre en compte les réalités auxquelles peuvent être confrontés les étudiants au cours de leur cursus.

La mesure sera donc particulièrement observée dans les prochains mois : son utilisation permettra de voir comment un système d'absences autojustifiées peut fonctionner à grande échelle dans une université accueillant des profils et des formations très différents.

Des métiers de santé où les femmes sont désormais majoritaires

Le choix de l'Université de Lille intervient aussi dans un contexte où plusieurs professions de santé se sont fortement féminisées au fil des années. La pharmacie en est un exemple particulièrement net. Selon les dernières données de la DREES, 68 % des pharmaciens en activité en France sont des femmes au 1er janvier 2026, sur un total de 75 300 professionnels. La profession atteint ainsi son niveau d'effectifs le plus élevé depuis 2012.

La tendance est également visible chez les chirurgiens-dentistes. Sur les 48 700 professionnels en activité au 1er janvier 2026, les femmes représentent désormais 51 % des effectifs. La progression est particulièrement marquée sur une période plus longue : elles ne représentaient que 39 % des chirurgiens-dentistes en 2012.

Une question qui dépasse les bancs de l'université

Ces chiffres permettent de replacer la décision de Lille dans une réalité plus large. Les menstruations font partie de la vie d'une grande partie des étudiantes qui se destinent aujourd'hui à ces professions, mais aussi des professionnelles qui les exercent ensuite.

Le sujet ne s'arrête donc pas à la question du confort pendant les études. Il touche aussi à la manière dont les établissements d'enseignement et, plus largement, les organisations professionnelles prennent en compte des situations de santé susceptibles de revenir régulièrement.

Lille a choisi de ne pas limiter son dispositif aux seules menstruations. C'est l'un des aspects intéressants de l'APRI : les mêmes journées peuvent être mobilisées pour d'autres difficultés personnelles, notamment une migraine chronique, un deuil, une situation de violence, une démarche administrative sensible ou une urgence personnelle.

Pharmacie : 68 % de femmes, mais des différences dans l'exercice

La féminisation de la pharmacie mérite également d'être regardée au-delà du seul chiffre global. La DREES indique que 70 % des femmes pharmaciens sont salariées, tandis que les hommes se répartissent beaucoup plus équitablement entre exercice salarié et libéral. En officine, l'écart reste marqué : 67 % des hommes exerçant dans ce secteur sont libéraux, contre 40 % environ des femmes.

Chez les dentistes, le basculement est récent

L'odontologie présente une autre trajectoire. La proportion de femmes a progressé de 12 points en quatorze ans, passant de 39 % en 2012 à 51 % en 2026. Dans le même temps, la profession s'est rajeunie : l'âge moyen des chirurgiens-dentistes est passé de 48,4 ans en 2012 à 43,9 ans en 2026.

Ces données donnent donc une autre dimension à la décision prise par l'Université de Lille. La question des règles douloureuses n'est pas un sujet périphérique dans des formations qui conduisent à des professions aujourd'hui largement féminisées ou en voie de l'être. Mais le choix de Lille consiste précisément à ne pas réserver l'APRI à une catégorie d'étudiants : le dispositif repose sur une règle commune, utilisable pour différentes situations personnelles.

C'est ce caractère général qui distingue l'initiative d'un simple congé menstruel. L'université crée une possibilité d'absence autojustifiée destinée à prendre en compte des réalités diverses, tout en maintenant l'accès aux dispositifs médicaux, sociaux, matériels ou juridiques lorsque la situation le nécessite.

Envie d'approfondir ?

Découvrez plus d'articles sur Le Moniteur des pharmacies

C'est par ici

Envie d'approfondir ?

Découvrez plus d'articles sur L'information dentaire

C'est par ici