• Au 1er janvier 2026, la France comptait 75 731 pharmaciens inscrits à l’Ordre. Le chiffre progresse légèrement par rapport à l’année précédente et augmente de 3,2 % sur dix ans. Pourtant, derrière cette stabilité apparente, la composition de la profession évolue rapidement.
  • Parmi les données les plus marquantes figure l’augmentation du nombre de pharmaciens âgés de 66 ans et plus. Ils sont aujourd’hui 4 669, contre 2 347 en 2015. Leur effectif a donc quasiment doublé en une décennie. Cette tranche d’âge représente désormais 6,2 % des inscrits à l’Ordre, contre 3,2 % il y a dix ans.
  • Cette évolution est liée à plusieurs phénomènes. L’allongement des carrières joue naturellement un rôle, mais elle traduit aussi le vieillissement d’une génération de titulaires qui a massivement investi dans l’officine à partir des années 1980 et 1990. Une partie importante d’entre eux approche désormais de la retraite ou l’a déjà dépassée.

Une profession qui se rajeunit malgré le vieillissement des titulaires

Le panorama démographique publié par l’Ordre met en lumière un paradoxe intéressant. D’un côté, les pharmaciens les plus âgés sont de plus en plus nombreux. De l’autre, la profession accueille davantage de jeunes qu’auparavant.

Les moins de 40 ans représentent désormais 36,2 % des pharmaciens inscrits, contre seulement 23,5 % en 2015. La hausse est spectaculaire. Elle traduit l’arrivée progressive d’une nouvelle génération dans tous les secteurs d’exercice, qu’il s’agisse de l’officine, de l’industrie, de l’hôpital ou de la biologie médicale.

Le nombre de premières inscriptions à l’Ordre confirme cette tendance. En 2025, 3 044 pharmaciens se sont inscrits pour la première fois, soit une progression de 31 % par rapport à 2015.

À première vue, cette dynamique pourrait laisser penser que les départs à la retraite seront facilement compensés. La réalité est plus nuancée.

Car si les jeunes pharmaciens sont plus nombreux, ils ne se dirigent pas tous vers l’installation.

De plus en plus d’adjoints, de moins en moins de titulaires

L’un des enseignements les plus marquants du rapport concerne l’évolution des différentes sections ordinales.

Le nombre de pharmaciens titulaires d’officine a diminué de 11,7 % en dix ans. Ils étaient près de 27 100 en 2015 ; ils sont désormais 23 947. Sur la seule année 2025, leur effectif recule encore de 1,3 %.

À l’inverse, les pharmaciens adjoints et autres exercices regroupés dans la section D progressent de 10,3 % sur dix ans et de 2,6 % sur un an. Avec plus de 30 600 professionnels, ils constituent désormais la catégorie la plus importante de la profession.

Le contraste est frappant.

L’officine demeure le premier débouché des jeunes diplômés, mais ceux-ci privilégient souvent le salariat avant d’envisager une éventuelle acquisition.

La répartition des primo-inscrits est particulièrement révélatrice. En 2025, 71 % des nouveaux inscrits rejoignent la section D, tandis que seulement 3,5 % s’installent directement comme titulaires.

Cette différence ne signifie pas que les jeunes renoncent à devenir propriétaires d’une pharmacie. Elle montre surtout que le parcours professionnel s’allonge et que l’installation intervient plus tard dans la carrière.

Le coût des acquisitions pèse sur les projets

Pendant longtemps, devenir titulaire constituait une trajectoire presque naturelle après quelques années d’exercice comme adjoint. Aujourd’hui, l’équation économique est plus complexe.

  • Le financement d’une acquisition représente souvent plusieurs centaines de milliers d’euros, voire davantage pour les officines les plus importantes.
  • Les jeunes diplômés arrivent également sur le marché du travail avec des aspirations différentes de celles de leurs aînés. La recherche d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, l’envie de diversifier les expériences ou encore l’intérêt pour d’autres secteurs d’exercice modifient les parcours.
  • L’industrie pharmaceutique, les établissements de santé ou la biologie médicale offrent des perspectives de carrière qui n’étaient pas forcément envisagées avec la même intensité il y a vingt ans.

Des pharmacies moins nombreuses mais souvent plus grandes

La question de la transmission ne peut être dissociée de la transformation du réseau officinal. La France compte désormais 19 990 pharmacies, dont 19 381 dans l’Hexagone. Le maillage reste dense, mais il s’est progressivement restructuré au fil des années.

Les regroupements, les transferts et les rachats ont favorisé l’émergence d’officines plus importantes, disposant d’équipes étoffées et de surfaces de vente plus grandes.

Une pharmacie plus importante peut générer davantage d’activité, mais son acquisition nécessite aussi des moyens financiers plus conséquents. Le nombre de repreneurs potentiels se réduit alors mécaniquement.

Dans certaines zones rurales ou semi-rurales, la situation peut être inversée. Les pharmacies disponibles à la reprise attirent moins de candidats, malgré des prix parfois plus accessibles.

Le sujet n’est donc pas uniquement démographique. Il dépend également de l’attractivité économique et géographique des territoires.

La proximité géographique joue un rôle majeur

Un autre chiffre du panorama mérite l’attention. En 2025, 65,3 % des primo-inscrits exercent dans leur région de formation. Hors Île-de-France, cette proportion atteint même 74,3 %.

Cette fidélité territoriale influence directement le marché des transmissions.

Les régions qui disposent d’une faculté de pharmacie bénéficient d’un vivier local de jeunes professionnels plus important. À l’inverse, certains territoires éloignés des centres universitaires peuvent rencontrer davantage de difficultés pour attirer des repreneurs.

Pour les collectivités locales comme pour les acteurs du secteur, la formation apparaît donc comme un levier majeur pour maintenir une présence pharmaceutique de proximité. Former localement augmente les chances de conserver les futurs professionnels sur le territoire.

Les diplômés étrangers prennent une place croissante

Autre évolution notable : la progression des pharmaciens diplômés à l’étranger. Ils étaient 1 169 en 2015. Ils sont désormais 2 628, soit une augmentation de près de 125 % en dix ans.

Le phénomène reste encore limité à l’échelle de la profession, mais il contribue à alimenter le renouvellement des effectifs. Parmi les primo-inscrits de 2025, 8,1 % ont effectué leurs études à l’étranger.

Ces professionnels répondent à une partie des besoins de recrutement, notamment dans certaines zones où les tensions sur l’emploi sont plus marquées.

L’intérim gagne du terrain

La progression du nombre de pharmaciens intérimaires constitue un autre signal intéressant. Selon le rapport, leurs effectifs ont augmenté de 3,8 % entre 2024 et 2025.

L’essor de cette forme d’exercice traduit une évolution des attentes professionnelles. Pour certains pharmaciens, l’intérim offre davantage de souplesse, une rémunération attractive et la possibilité de découvrir différents environnements de travail.

Cette tendance peut toutefois repousser certains projets d’installation. Lorsque les opportunités de salariat ou de missions temporaires sont nombreuses, l’investissement financier et humain lié à la reprise d’une officine peut sembler moins attractif à court terme.

Une vague de transmissions qui s’annonce progressive

Contrairement à d’autres professions libérales confrontées à des départs massifs concentrés sur quelques années, la pharmacie devrait connaître un renouvellement plus progressif.

Les 4 669 pharmaciens de plus de 66 ans ne quitteront pas tous leur activité simultanément. Beaucoup poursuivent encore leur exercice, notamment comme titulaires ou dans le cadre de missions ponctuelles.

Avec plus de 3 000 primo-inscriptions en 2025 et une population de moins de 40 ans en forte progression, le vivier existe.

La question porte davantage sur la capacité à transformer ces jeunes professionnels en futurs repreneurs.

L’accompagnement des projets d’installation, l’accès au financement, la valorisation des officines à reprendre et l’attractivité des territoires pèseront lourd dans les années à venir.

Une certitude se dégage toutefois des chiffres de l’Ordre : la transmission des pharmacies ne relève plus d’une problématique ponctuelle. Elle s’inscrit désormais dans un mouvement de long terme qui accompagnera l’évolution du réseau officinal tout au long de la prochaine décennie.

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