• « En trois mois, j'ai pris près de 40 000 abonnés avec plus d'un million de vues au compteur », raconte-t-il. À première vue, rien ne destinait pourtant ce pharmacien rural à devenir une figure suivie sur Instagram et TikTok.
  • Son quotidien est celui d'un titulaire d'officine confronté aux réalités d'un territoire marqué par la désertification médicale. Mais c'est justement cette expérience de terrain qui nourrit aujourd'hui ses contenus.

Quand les réseaux sociaux deviennent la première porte d'entrée vers l'information

Le succès rencontré par Leevan Decou s'inscrit dans une évolution plus large des usages numériques.

  • Selon le rapport 2026 du Reuters Institute for the Study of Journalism, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo sont devenus la première source d'information hebdomadaire devant les médias traditionnels.
  • Chez les 18-24 ans, plus de la moitié des répondants déclarent s'informer principalement via les réseaux sociaux, les plateformes vidéo ou les outils d'intelligence artificielle.

Pour les professionnels de santé, cette réalité soulève une question simple : comment toucher les jeunes lorsqu'ils ne s'informent plus forcément par les canaux traditionnels ? Pour Leevan Decou, la réponse s'est imposée progressivement.

Je me suis dit qu'il était important que les messages de santé soient portés par des professionnels qualifiés. Sur les réseaux sociaux, vous avez beaucoup d'influenceurs qui donnent des conseils santé sans être pharmaciens ni médecins. Je trouvais important que les personnes puissent rattacher ces informations à des professionnels de santé.
Leevan Decou, Pharmacien

@lesdocteursdetonants Les médicaments et la conduite Attention aux pictogrammes ! ⚠️‼️ ##lesdocteursdétonants #médicaments##conduite##sécuritéroutière##pharmacie##prévention##pictogramme##docteursdétonants##infosanté##risque##patients##conseilpharma##santépublique##pharmacien##automédication#neconduispassousmédicaments ##medications##drivingsafety##healthawareness##pharmacisttips##roadrisks##medwarning##healthvideo#pharmacylife ♬ original sound - lesdocteursdetonants

Cette réflexion est née au moment où son équipe lui propose de publier les premières vidéos de l'officine.

« Les vidéos ont été lancées par mes collaboratrices. Elles regardaient ce qui se faisait déjà sur les réseaux sociaux. Elles avaient préparé un script et m'ont demandé si j'étais d'accord pour apparaître. » La première publication fonctionne bien.Puis une deuxième. Puis une troisième.

Rapidement, le pharmacien comprend qu'il existe un véritable intérêt du public pour des contenus santé simples, pédagogiques et incarnés.

Parler santé avec les codes des plateformes

Contrairement à de nombreux créateurs de contenus, Leevan Decou n'a pas cherché à construire une stratégie d'influence. Son objectif est avant tout pédagogique.

Aujourd'hui, le compte est complètement tourné vers la prévention. On parle d'hydratation, de vaccination, d'activité physique, de prévention des maladies, de matériel médical, de tout ce qu'on fait réellement en pharmacie.
Leevan Decou, Pharmacien

Le choix des formats est directement lié aux habitudes des utilisateurs. Les vidéos sont courtes, accessibles et vont à l'essentiel. « Le plus simple possible », résume le pharmacien.

Une approche qui répond aux usages actuels. Le rapport Reuters souligne que 77 % des personnes interrogées regardent désormais des vidéos d'information chaque semaine. Dans la quasi-totalité des pays étudiés, les vidéos en ligne sont davantage consommées que les journaux télévisés traditionnels.

Mais cette simplicité n'est pas toujours facile à concilier avec la rigueur scientifique. « Si je commence à expliquer toutes les contre-indications ou à rentrer dans les détails du Vidal, plus personne ne regarde la vidéo. Il faut trouver un équilibre entre pédagogie et exactitude. »

La solution consiste souvent à délivrer un message général puis à encourager les internautes à consulter leur professionnel de santé.

@lesdocteursdetonants Attention aux posologies des médicaments ! Si vous prenez un médicament, respectez toujours la dose, la fréquence et la durée du traitement. ❗ Une mauvaise posologie peut : • diminuer l’efficacité du traitement • provoquer des effets indésirables • entraîner des risques pour votre santé 👉 Vous avez un doute ? Demandez toujours conseil à votre pharmacien : • à la pharmacie • par téléphone • ou lors de la délivrance de votre traitement 👨‍⚕️ Le pharmacien est là pour vous expliquer : • combien de comprimés prendre • combien de fois par jour • pendant combien de temps • à quel moment de la journée 📞 N’hésitez jamais à poser la question. Une bonne utilisation du médicament, c’est plus de sécurité… et plus d’efficacité.#lesdocteursdetonants #santé #prévention #pharmacistsoftiktok #foryou ♬ original sound - lesdocteursdetonants

Très souvent, je termine en disant : allez voir votre pharmacien ou votre pharmacienne, ils vous conseilleront en fonction de votre situation.
Leevan Decou, Pharmacien

Une génération parfois éloignée des messages de prévention

L'une des principales motivations du pharmacien réside dans la sensibilisation des jeunes publics.

Au fil des années, il a constaté que certains messages de santé pourtant élémentaires ne sont pas toujours connus.

Il cite notamment l'exemple du bon usage des médicaments. « J'ai fait plusieurs vidéos sur le mésusage du médicament. On oublie parfois que certaines personnes n'ont jamais reçu d'information sur ces sujets. »

Un souvenir de jeunesse continue de le marquer, nourrissant encore son engagement. « Je me souviens d'une camarade de classe au collège qui avait pris plusieurs comprimés de paracétamol à la suite parce qu'elle avait mal à la tête. Aujourd'hui, en tant que pharmacien, je me rends compte qu'elle aurait pu mettre sa santé en danger. Surtout son foie »

Les jeunes ne sont pas forcément sensibilisés au monde de la santé. Si une vidéo permet d'éviter un mésusage ou de faire passer un message de prévention, c'est positif.
Leevan Decou, Pharmacien

Les contenus consacrés à la vaccination illustrent particulièrement cet impact. L'une de ses vidéos les plus populaires a dépassé le million de vues. « C'était simplement une vidéo où j'expliquais l'intérêt de se faire vacciner. J'ai même vu des personnes qui étaient sceptiques expliquer dans les commentaires qu'elles allaient finalement se faire vacciner. »

Réhabiliter l'image du pharmacien auprès des nouvelles générations

Au-delà de la prévention, les réseaux sociaux permettent également de faire découvrir la réalité d'un métier souvent mal compris. « Beaucoup pensent encore que le pharmacien donne simplement des boîtes de médicaments. »

Une perception que Leevan Decou juge réductrice. « Les patients découvrent qu'on fait des bilans de prévention, des vaccinations, des téléconsultations dermatologiques, de l'accompagnement thérapeutique. »

Cette méconnaissance concerne aussi les jeunes qui s'interrogent sur leur orientation. Pour beaucoup, le métier de pharmacien reste associé à une activité de délivrance alors que les missions ont considérablement évolué.

« Les gens découvrent ce que nous faisons réellement au quotidien. » Les réseaux sociaux jouent alors un rôle inattendu : celui de vitrine professionnelle. Sans discours institutionnel ni campagne de communication, ils permettent d'observer le métier dans sa réalité quotidienne.

Un métier qui conjugue santé et entrepreneuriat

Parmi les idées reçues que Leevan Decou aimerait voir disparaître figure celle d'un pharmacien cantonné à un rôle exclusivement médical.

Car l'officine est aussi une entreprise. « C'est un aspect que beaucoup de jeunes ignorent. » Un élément qu'il met régulièrement en avant lorsqu'il échange avec des étudiants ou des stagiaires. « On gère une équipe, des projets, des investissements. On prend des décisions. C'est extrêmement stimulant. »

Cette dimension entrepreneuriale participe selon lui à l'attractivité du métier. « Vous travaillez pour vous. Vous développez votre activité. Vous avez des projets. C'est très valorisant. » Une réalité souvent absente des représentations que les jeunes peuvent avoir des professions de santé.

Les réseaux sociaux peuvent-ils susciter des vocations ?

Le pharmacien reste prudent sur ce point. Il ne prétend pas que quelques vidéos suffisent à déclencher des carrières. Mais il estime qu'elles peuvent contribuer à faire évoluer les perceptions. « Peut-être que cela plante des graines dans certains esprits. »

Cette remarque concerne aussi bien les futurs professionnels que les territoires ruraux dans lesquels il exerce. « Certains habitants me disent que cela fait du bien de montrer qu'il se passe des choses en campagne. »

À travers ses vidéos, les internautes découvrent un professionnel épanoui, impliqué dans son territoire et investi dans des missions qui dépassent largement la délivrance de médicaments. Une image qui tranche parfois avec les représentations associées à la ruralité.

Peut-être que certains professionnels de santé se disent finalement que l'exercice en dehors des grandes villes peut être intéressant.
Leevan Decou, Pharmacien

La bataille de la crédibilité

L'omniprésence des réseaux sociaux pose également la question de la fiabilité de l'information. Le rapport Reuters montre que les préoccupations liées à la désinformation demeurent très fortes dans la plupart des pays étudiés.

Pour Leevan Decou, cette question est centrale : « Quand quelqu'un me demande un conseil personnalisé sur un traitement, je ne réponds pas. Je lui dis d'aller voir son pharmacien ou son médecin. » Cette ligne de conduite vise à préserver la frontière entre information générale et consultation individuelle.

Il explique également son refus des placements de produits.

« Je veux rester neutre. Je ne veux pas donner l'impression que mon discours peut être influencé. » La même logique guide ses échanges avec l'Ordre national des pharmaciens.

J'ai sollicité l'Ordre pour savoir où placer le curseur et rester dans un cadre déontologique clair, avec pour objectif de conserver sur les réseaux sociaux le même niveau d'exigence que dans l'exercice professionnel.
Leevan Decou, Pharmacien

Les professionnels de santé face aux nouveaux usages des jeunes

Pour Leevan Decou, l'expérience dépasse aujourd'hui largement son cas personnel. Elle illustre une transformation profonde des comportements informationnels.

Les jeunes générations ne découvrent plus les sujets de santé, les métiers ou les enjeux de société par les mêmes canaux que leurs aînés.

Elles consultent des vidéos courtes, échangent sur les réseaux sociaux et recherchent des contenus accessibles. Face à cette évolution, les professionnels disposent selon lui d'une responsabilité nouvelle.

« Si nous ne sommes pas présents, d'autres le seront à notre place. » Son succès sur Instagram et TikTok montre qu'il existe une demande réelle pour des contenus fiables, incarnés et pédagogiques. Une évolution qui dépasse largement le secteur de la pharmacie.

Car au fond, les vidéos de ce pharmacien rural racontent surtout une autre histoire : celle de professions qui doivent apprendre à rencontrer les nouvelles générations là où elles se trouvent déjà...

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