- La certification périodique n’est pas une nouvelle formation obligatoire à suivre à intervalles réguliers. Le dispositif repose sur une approche plus large : pendant une période donnée, le pharmacien doit réaliser un programme minimal d’actions permettant d’entretenir ses compétences et ses pratiques professionnelles.
- Instaurée par l’ordonnance du 19 juillet 2021, la certification périodique s’applique aux professionnels de santé relevant d’un ordre, dont les pharmaciens. Le Code de la santé publique fixe notamment trois objectifs : garantir le maintien des compétences, la qualité des pratiques professionnelles ainsi que l’actualisation et le niveau des connaissances.
Certification périodique : une obligation tous les six ans
En principe, chaque période de certification périodique dure six ans à compter de la date d’inscription à l’Ordre.
Une disposition particulière concerne toutefois les professionnels qui étaient déjà en exercice au 1er janvier 2023 : leur première période est portée à neuf ans. Les périodes suivantes retrouvent une durée de six ans.
Le changement d’activité ou l’interruption d’exercice peuvent également avoir une incidence sur la période de certification.
Combien d’actions un pharmacien doit-il réaliser ?
Le nombre minimal d’actions dépend du référentiel auquel le professionnel est rattaché.
Pour les pharmaciens relevant du CNP Pharmacie, c’est-à-dire notamment les pharmaciens d’officine, hospitaliers, industriels ou de la distribution en gros, le programme prévoit, pour chaque période :
- Axe 1 – Connaissances et compétences (3 actions)
- Axe 2 – Qualité des pratiques professionnelles (3 actions)
- Axe 3 – Relation avec les patients (2 actions)
- Axe 4 – Santé personnelle (2 actions)
Soit 10 actions au minimum sur une période, sous réserve des règles et éventuelles exonérations prévues par le référentiel.
Pour les pharmaciens biologistes médicaux, le référentiel du CNP de biologie médicale prévoit au moins deux actions dans chacun des quatre axes.
Les quatre axes de la certification périodique
Axe 1 : actualiser ses connaissances et ses compétences
Le premier axe concerne directement l’entretien et l’actualisation des connaissances nécessaires à l’exercice professionnel.
Les formations peuvent notamment contribuer à satisfaire cette partie du programme. Certaines actions réalisées dans le cadre du DPC sont également prises en compte.
L’objectif n’est donc pas simplement d'accumuler des heures de formation : le dispositif cherche à vérifier que le professionnel entretient effectivement ses compétences au cours de sa carrière.
Comme l’explique Paul Lemarquis, pharmacien titulaire et membre du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, la certification marque un changement de perspective :
L’idée, ce n’est plus seulement de demander à un pharmacien s’il a suivi une formation, mais c’est plutôt de lui demander si, globalement, il maintient ses compétences professionnelles.Paul Lemarquis, pharmacien titulaire et membre du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens
Axe 2 : améliorer la qualité des pratiques professionnelles
La certification périodique porte également sur la manière dont le pharmacien exerce son métier.
Les démarches d’amélioration des pratiques, les actions d’évaluation ou certaines démarches qualité peuvent ainsi entrer dans le parcours, à condition de répondre aux critères prévus par le référentiel.
Cette logique permet de rapprocher la certification de la réalité quotidienne du professionnel.
Axe 3 : renforcer la relation avec les patients
La relation avec le patient constitue un axe spécifique de la certification périodique.
Elle peut notamment concerner les compétences nécessaires à une meilleure prise en charge, à l’information du patient ou à l’amélioration de la qualité de la relation professionnelle.
Cet axe illustre la volonté de dépasser une conception de la formation centrée uniquement sur les connaissances techniques.
Axe 4 : mieux prendre en compte sa santé personnelle
La santé du professionnel constitue enfin le quatrième axe.
C’est l’une des particularités de la certification périodique : le dispositif ne porte pas uniquement sur les connaissances, les pratiques ou la relation avec le patient. Il intègre également la santé personnelle du professionnel.
La Haute Autorité de santé avait d’ailleurs identifié cet axe comme l’un des éléments nouveaux de cette démarche globale de maintien des compétences.
Quelles actions peuvent être prises en compte ?
Le pharmacien dispose d’une certaine liberté pour construire son parcours.
Les actions pouvant être prises en compte comprennent notamment :
- des actions réalisées dans le cadre du DPC ;
- des actions de formation continue ;
- certains diplômes universitaires ;
- la direction ou la participation au jury d’une thèse d’exercice ;
- l’activité de maître de stage ou d’apprentissage ;
- certaines démarches qualité ;
- certaines participations à des congrès ;
- des revues bibliographiques ;
- des actions spécifiques validées ou labellisées selon les modalités prévues.
Certification périodique et DPC : quelle différence ?
C’est probablement l’un des points qui suscitent le plus de questions.
Le DPC et la certification périodique ne sont pas actuellement deux dispositifs identiques.
Le DPC repose sur une obligation triennale et comprend des actions de formation continue, d’évaluation et d’amélioration des pratiques professionnelles ou encore de gestion des risques.
La certification périodique repose, elle, sur une période de six ans et adopte une approche plus large. Elle intègre les connaissances et compétences, la qualité des pratiques, la relation avec les patients et la santé personnelle du professionnel.
Les deux dispositifs coexistent actuellement. Les actions réalisées dans le cadre du DPC peuvent toutefois contribuer au parcours de certification périodique.
À terme, le ministère souhaite faire évoluer le dispositif afin de ne conserver, pour les professionnels de santé relevant d’un ordre, que l’obligation de certification périodique, avec des actions de DPC intégrées dans ce parcours.
Qui contrôle la certification périodique ?
Le contrôle relève des ordres professionnels.
Pour les pharmaciens, l’Ordre national des pharmaciens doit suivre la réalisation du programme minimal d’actions et vérifier que le professionnel satisfait à son obligation.
La démarche se veut avant tout progressive et pédagogique. En cas de difficulté, l’Ordre peut notamment alerter le pharmacien et, lorsque cela est pertinent, son employeur. Un accompagnement peut également être proposé par le Conseil national professionnel concerné.
Le contrôle ne consiste donc pas simplement à attendre l’échéance de six ans pour vérifier une liste de formations. Le suivi doit progressivement permettre au professionnel de construire son parcours et de conserver les justificatifs nécessaires.
Faut-il conserver les attestations ?
Oui.
C’est un réflexe important à adopter dès maintenant : conserver les attestations et justificatifs des actions réalisées.
L’Ordre recommande aux pharmaciens de conserver les preuves des actions de DPC et de certification périodique réalisées depuis 2026, dans l’attente du déploiement complet du système d’information.
La future plateforme Ma Certif’Pro Santé doit permettre d’enregistrer les actions, de suivre le programme de certification et d’obtenir des informations sur son parcours. L’Ordre indique qu’une première version est attendue à la fin de 2026.
Comment préparer sa certification périodique ?
Même si le système informatique n’est pas encore totalement déployé, les pharmaciens peuvent déjà commencer à structurer leur parcours.
Quelques réflexes permettent d’éviter de devoir reconstituer plusieurs années d’actions au dernier moment :
- Identifier son référentiel en fonction de son activité.
- Repérer les actions déjà réalisées qui peuvent être prises en compte.
- Conserver systématiquement les attestations et justificatifs.
- Identifier les actions manquantes dans chacun des quatre axes.
- Planifier progressivement son parcours, plutôt que d’attendre la fin de la période.
- Vérifier ses coordonnées auprès de l’Ordre, notamment son adresse électronique de contact.
- Cette organisation est d’autant plus utile que le parcours est appelé à s’inscrire dans la pratique professionnelle quotidienne.
Le système est certes jalonné d’un certain nombre d’obligations sur différents axes, néanmoins, il s’insère dans l’opérationnel.Maryse Camus-Piszez, vice-présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens