• Un panier de cèpes, quelques girolles, des champignons ramassés au hasard d'une promenade en forêt. À l'automne, les pharmaciens peuvent voir arriver au comptoir des visiteurs venus leur demander tout autre chose qu'un médicament : vérifier si leur récolte est comestible.
  • Cette pratique fait partie des compétences historiques de la profession. La mycologie, science qui étudie les champignons, est enseignée dans les facultés de pharmacie. Elle permet notamment d'apprendre à distinguer les espèces comestibles de leurs sosies toxiques. Une expertise dont l'utilité se mesure chaque année au nombre d'intoxications enregistrées par les Centres antipoison.
  • Le 22 octobre 2026, le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens a renouvelé son appel à la vigilance. Selon les chiffres communiqués par l'Anses, près de 500 intoxications ont été signalées au cours du mois de septembre, auxquelles s'ajoutent plus de 200 cas recensés depuis le 1er octobre, à la date de l'alerte.

À l'officine, le pharmacien peut aussi examiner une récolte

La reconnaissance des champignons, ou diagnose mycologique, repose sur l'examen des caractéristiques permettant de déterminer une espèce. Forme du chapeau, aspect des lames ou des tubes, structure du pied, présence d'un anneau ou d'une volve, coloration de la chair : le professionnel doit réunir plusieurs indices avant de se prononcer.

Cette compétence distingue le pharmacien de nombreux autres professionnels de santé. Ses connaissances en botanique, en mycologie et en toxicologie constituent un héritage de sa formation scientifique.

Mais reconnaître une espèce sur une photographie ne suffit pas. Certains champignons possèdent des caractéristiques très proches, tandis que leur apparence évolue avec l'âge ou les conditions de croissance. Un spécimen abîmé, coupé à sa base ou conservé dans de mauvaises conditions peut devenir impossible à identifier avec certitude.

Le pharmacien doit également tenir compte de l'ensemble du panier présenté. La présence d'un seul champignon toxique parmi des espèces comestibles peut rendre la récolte dangereuse.

Une compétence scientifique qui ne s'improvise pas

La mycologie figure dans les enseignements des études pharmaceutiques, avec des contenus et des volumes horaires qui varient selon les facultés.

À l'université de Reims Champagne-Ardenne, par exemple, un enseignement consacré aux macromycètes propose des travaux pratiques sur les champignons toxiques et comestibles de la région ainsi qu'une sortie de terrain. L'objectif annoncé est de familiariser les étudiants avec la détermination des champignons en forêt et à l'officine.

Les professionnels souhaitant approfondir cette spécialité peuvent aussi suivre des formations universitaires complémentaires.

L'université de Lille propose ainsi un diplôme universitaire de mycologie consacré à la détermination des champignons, à la toxicologie fongique et à la pratique officinale. De son côté, l'université Grenoble Alpes dispense un diplôme interuniversitaire de mycologie sur deux ans. Son programme comprend des enseignements théoriques, des travaux pratiques et des sorties mycologiques sur le terrain.

Le pharmacien peut-il refuser d'identifier des champignons ?

La question est à développer. Un diplôme de pharmacien ne garantit pas une expertise approfondie de toutes les espèces de champignons.

L'identification d'une récolte n'est pas une obligation générale imposant à chaque pharmacien de fournir une réponse, quelle que soit sa compétence en mycologie.

Les recommandations professionnelles publiées par l'Ordre en mai 2013, dans son guide consacré à l'accueil pharmaceutique des patients sans ordonnance, formulent une règle de prudence : « Le pharmacien ne se prononcera qu'en cas d'identification formelle. »

Le document précise également que le professionnel doit refuser l'identification d'un échantillon incomplet ou mal conservé.

Cette prudence répond à une responsabilité bien réelle. Une erreur d'identification pourrait conduire une personne à consommer un champignon toxique après avoir obtenu un avis rassurant. Le code de déontologie pharmaceutique rappelle d'ailleurs que le professionnel assume la responsabilité des actes qu'il réalise. Savoir reconnaître les limites de ses connaissances fait donc partie intégrante de l'expertise mycologique.

En 2025, des intoxications mortelles malgré les campagnes de prévention

L'actualité sanitaire rappelle la gravité des erreurs possibles.

Selon le bilan présenté par l'Anses et relayé par l'Ordre, plus de 1 300 intoxications par des champignons ont été rapportées aux Centres antipoison pendant l'année 2025.

Si la majorité des cas ont provoqué des troubles digestifs sans gravité majeure, environ 3 % des intoxications ont été classées de gravité forte. Un patient est décédé et trois autres ont dû bénéficier d'une greffe hépatique à la suite d'un syndrome phalloïdien.

Ce syndrome, notamment associé à l'ingestion d'amanites phalloïdes, peut entraîner une atteinte hépatique extrêmement sévère. Les premiers troubles digestifs peuvent apparaître après une période sans symptômes, retardant parfois la prise en charge.

Les confusions entre champignons ne constituent pas l'unique cause d'intoxication. L'Anses mentionne également les espèces comestibles consommées dans de mauvaises conditions : conservation inadaptée, cuisson insuffisante ou altération des spécimens.

Les applications de reconnaissance ne remplacent pas l'examen du pharmacien

Les applications mobiles capables de proposer le nom d'un champignon à partir d'une photographie ont introduit un nouveau risque.

Leur apparente simplicité peut donner une fausse assurance aux cueilleurs. Or, des espèces très différentes sur le plan toxicologique peuvent présenter de fortes ressemblances visuelles.

L'Ordre, suivant les recommandations de l'Anses, déconseille expressément de consommer des champignons identifiés à l'aide de ces applications, en raison des erreurs possibles.

Pour le pharmacien, cette évolution ajoute une dimension au conseil de prévention : expliquer pourquoi une photographie, même analysée par un outil numérique performant, ne permet pas de garantir la comestibilité d'une récolte.

Une mission de prévention à valoriser dans les officines

La reconnaissance des champignons illustre l'étendue des compétences scientifiques du pharmacien, au-delà de la dispensation des médicaments.

Elle permet également de développer une relation différente avec les habitants du territoire. Le cueilleur ne se présente pas nécessairement comme un patient : il vient demander une expertise pour prévenir un accident.

Cette activité suppose néanmoins une organisation adaptée au sein de l'officine. Identifier un panier contenant plusieurs espèces demande du temps, de la documentation et parfois l'intervention d'un professionnel disposant d'une expérience mycologique plus importante.

Les équipes qui pratiquent régulièrement cette activité peuvent s'appuyer sur des formations, des correspondants spécialisés et des sociétés mycologiques locales.

L'Ordre rappelle enfin que la prévention ne s'arrête pas à l'identification. Les pharmaciens peuvent sensibiliser les cueilleurs à la conservation des champignons, à leur préparation et aux symptômes nécessitant une prise en charge urgente.

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