- Reprendre une pharmacie, c’est acheter une entreprise et choisir un cadre de travail. Quelle place veut-on garder au comptoir ? Combien de temps consacrer à l’accompagnement des patients ? Comment répartir les responsabilités entre associés et salariés ? Ces questions prennent une résonance particulière alors que s’engagent les travaux sur la rémunération officinale.
- Dans un article publié le 20 octobre, Pharmacien Business rapporte le lancement des travaux préparatoires et la volonté syndicale de réduire la dépendance de cette rémunération aux volumes de boîtes dispensées. Les modalités restent à négocier.
- Pour un futur titulaire, il serait donc prématuré de traduire cette perspective en recettes supplémentaires. Elle offre en revanche une occasion de préciser son projet : quelles activités souhaite-t-on développer, et que faudra-t-il organiser pour pouvoir les assurer ?
Derrière le projet de reprise, une certaine idée du métier
Deux pharmaciens peuvent envisager la même acquisition avec des attentes très différentes. L’un souhaite privilégier sa présence auprès des patients. L’autre veut développer certaines missions, structurer une équipe ou partager la conduite de l’entreprise avec un associé.
Ces aspirations demandent à être confrontées au fonctionnement réel de l’officine :
- Qui assure la continuité au comptoir lorsqu’un pharmacien se consacre à un entretien ?
- Comment les absences sont-elles couvertes ?
- Quelle place les plannings laissent-ils à la formation, aux échanges professionnels et à la gestion ?
La réponse suppose d’observer les journées de travail autant que les comptes. Une activité que l’on souhaite développer peut nécessiter des compétences, un espace ou une disponibilité dont l’équipe ne dispose pas encore.
Mieux reconnaître une activité ne crée pas automatiquement du temps
Une évolution de la rémunération peut modifier les conditions économiques d’exercice. Ses conséquences sur le quotidien dépendront aussi des décisions prises dans chaque pharmacie.
Pour qu’une activité trouve sa place, il faut pouvoir l’inscrire dans le planning, identifier les professionnels qui la réalisent et prévoir ce qui se passe pendant leur mobilisation. À défaut, elle risque de s’ajouter aux tâches existantes, au prix d’interruptions plus fréquentes ou d’une journée qui déborde.
Cette réflexion concerne également les salariés. Lors d’un recrutement, connaître les missions proposées ne suffit pas à se représenter le poste. Leur fréquence, le temps prévu pour les réaliser et l’appui disponible dans l’équipe permettent d’en apprécier les conditions.
S’associer : parler du travail avant de répartir les rôles
Le chantier de la rémunération peut aussi nourrir les discussions entre futurs associés. Quelle orientation souhaitent-ils donner à l’officine ? Ont-ils les mêmes attentes concernant leur présence, leurs responsabilités et le développement de l’activité ?
Un projet commun gagne à décrire le travail de chacun :
- Qui prendra en charge les plannings, les achats, le suivi administratif ou l’accompagnement des salariés ?
- Comment reconnaître ces tâches lorsqu’elles occupent une place inégale dans les semaines des associés ?
Ces sujets peuvent sembler éloignés d’une négociation nationale. Ils déterminent pourtant la manière dont les ressources de l’entreprise seront utilisées et dont les contraintes seront partagées.
Une réforme en discussion, un projet à construire au présent
À ce stade, les futurs paramètres de rémunération ne permettent pas de décrire l’officine de demain. Une orientation de négociation ne constitue ni un revenu acquis ni une garantie sur l’évolution d’une pharmacie particulière.
Pour ceux qui préparent une installation, l’intérêt de cette actualité tient donc aussi aux questions qu’elle aide à poser dès maintenant : le fonctionnement envisagé est-il cohérent avec les moyens disponibles ? Le projet laisse-t-il une place au recrutement et à la formation ? Les associés partagent-ils la même conception de leur engagement ?
Sans attendre l’issue des négociations, les candidats à l’installation peuvent confronter leurs ambitions au fonctionnement de l’officine : qui tiendra le comptoir pendant les entretiens avec les patients ? Quel temps restera-t-il pour la gestion ? Faudra-t-il recruter ou former un salarié ? Les réponses permettront d’identifier les moyens nécessaires à leur projet, sans compter sur des recettes encore hypothétiques.