- Pour les cabinets, le sujet touche directement à la gestion des équipes et au recrutement des jeunes praticiens. Pour les étudiants, il concerne la dernière phase de leur formation et leur entrée progressive dans la vie professionnelle.
- Le point mérite donc d’être regardé de près : qu’est réellement un stage actif en odontologie ? Quelles sont les obligations du maître de stage ? Et à partir de quel moment faut-il basculer vers un véritable contrat d’exercice ?
Le stage actif, une étape de formation à part entière
Le stage actif d’initiation à la vie professionnelle est prévu au cours du troisième cycle court des études odontologiques. Il doit permettre à l’étudiant de mettre en application, dans le cadre d’une autonomie contrôlée, les compétences acquises pendant son cursus. Le stage peut être réalisé à temps plein ou à temps partiel.
Pour les étudiants de sixième année, l’Ordre indique une durée minimale de 250 heures. Cette durée peut être effectuée à temps plein ou à temps partiel.
L’étudiant n’arrive pas dans le cabinet comme un praticien supplémentaire auquel on confierait simplement une activité clinique. Il vient acquérir de l’expérience professionnelle dans un cadre pédagogique défini, avec un maître de stage identifié et un suivi permettant d’apprécier la progression de ses compétences.
Qui peut accueillir un étudiant ?
Le stage doit être réalisé auprès d’un chirurgien-dentiste agréé comme maître de stage.
Le praticien doit justifier d’au moins trois années d’exercice professionnel. Son agrément est délivré par le directeur de l’unité de formation et de recherche d’odontologie, après avis du conseil départemental de l’Ordre. Le maître de stage signe également un contrat pédagogique avec l’UFR, qui fixe notamment les objectifs pédagogiques, les critères d’évaluation et les modalités pratiques du stage.
L'université intervient dans le dispositif, le maître de stage est identifié et les conditions de formation doivent être définies en amont.
Le maître de stage ne peut par ailleurs accueillir qu’un seul stagiaire à la fois. L’Ordre précise toutefois qu’il peut avoir simultanément un collaborateur et un stagiaire, à condition qu’il s’agisse de deux personnes différentes.
Cette précision est particulièrement utile pour les cabinets qui souhaitent accompagner un étudiant tout en poursuivant leur recrutement.
Une convention, mais aussi un véritable cadre pédagogique
Le stage est réalisé sous couvert d’une convention signée entre les parties concernées. Une copie doit être adressée par le maître de stage au conseil départemental de l’Ordre auprès duquel il est inscrit. L’Ordre recommande que cette transmission intervienne avant le début du stage.
Elle permet de formaliser la période de formation, tandis que le contrat pédagogique conclu entre le maître de stage et l’UFR précise les modalités pédagogiques du stage. Le dispositif prévoit également une évaluation : à l’issue de la période, le maître de stage transmet son appréciation à l’UFR au moyen du carnet de stage et la validation relève du directeur de l’UFR, après avis du maître de stage.
Cette articulation entre cabinet, étudiant et université rappelle une règle fondamentale : le stage doit conserver une finalité pédagogique identifiable du début à la fin.
Pourquoi l’Ordre intervient-il sur les conventions ?
Dans sa partie consacrée aux contrats, l’Ordre indique que plusieurs irrégularités ont été constatées concernant les conventions de stage. Il précise avoir rappelé le cadre strict applicable au dispositif, dont la finalité est de former les futurs chirurgiens-dentistes.
Le rapport ne donne ni le nombre exact de conventions concernées ni le détail de chaque irrégularité. Il serait donc excessif d’en tirer une typologie précise des pratiques observées.
Stage et recrutement : une frontière à ne pas brouiller
Le fait qu’un cabinet envisage de recruter un étudiant à l’issue de son cursus ne modifie pas la nature de son stage.
Pendant la période de formation, l’étudiant reste stagiaire. S’il doit ensuite exercer comme étudiant-adjoint, remplaçant ou collaborateur, un autre cadre doit être utilisé.
L’Ordre est particulièrement explicite sur ce point dans ses informations consacrées au stage actif : afin d’éviter un risque de requalification du stage en contrat de travail, il déconseille de cumuler, avec le même chirurgien-dentiste et pour le même étudiant, une convention de stage avec un contrat d’étudiant-adjoint ou de remplacement.
Le stage sert à apprendre. Le contrat d’exercice sert à exercer.
Le maître de stage doit conserver un rôle d’encadrement
Le régime du stage repose également sur la notion d’autonomie contrôlée.
L’étudiant n’est donc pas simplement présent dans le cabinet pour observer le praticien. Il doit pouvoir mettre en application les compétences acquises au cours de sa formation, dans les conditions prévues par son cursus et sous l’encadrement du maître de stage.
Le rôle du maître de stage est à ce titre déterminant.
Il ne s’agit pas uniquement de laisser l’étudiant prendre progressivement en charge des situations cliniques. Le praticien doit également participer à son accompagnement et à son évaluation.
Le dispositif prévoit d’ailleurs un contrat pédagogique entre le maître de stage et l’UFR, ainsi qu’une appréciation finale transmise à l’université.
Pour un cabinet, accueillir un stagiaire suppose donc de pouvoir consacrer du temps à cette mission d’accompagnement.
Un stage qui peut aussi servir de première rencontre avec le futur employeur
Sur le plan RH, le stage conserve pourtant un intérêt évident.
Il permet à l’étudiant de découvrir les conditions réelles d’exercice d’un cabinet : organisation du travail, relation avec les patients, fonctionnement de l’équipe, gestion des rendez-vous, environnement technique et habitudes professionnelles.
Pour le cabinet, c’est également l’occasion d’accueillir un futur professionnel dans un cadre de formation et d’observer progressivement sa manière de travailler.
Mais cette période de découverte ne doit pas être confondue avec une période d’essai.
Le cabinet peut identifier un futur collaborateur pendant son stage. Il doit ensuite formaliser la relation professionnelle dans le cadre correspondant à l’activité exercée.
Cette distinction est particulièrement importante dans une profession où le recrutement des jeunes praticiens constitue une question de plus en plus présente.
Les étudiants sont eux aussi concernés par les obligations liées aux contrats
Le rapport de l’Ordre rappelle d’ailleurs que les obligations de déclaration des contrats d’exercice concernent les praticiens comme les étudiants. Tous les types de contrats d’exercice doivent être déclarés au conseil départemental de l’Ordre.
Le rapport précise également que cette obligation concerne les praticiens européens intervenant en libre prestation de services. L’Ordre rappelle l’importance de ces déclarations pour son rôle de régulation et alerte sur les conséquences assurantielles possibles d’une absence de transmission des contrats.
Une question qui dépasse le seul stage
Cette mise au point intervient alors que l’Ordre participe aux travaux consacrés à l’évolution des études d’odontologie. Le rapport d’activité 2025 fait état d’une réflexion sur la réforme des études et souligne la complexité du parcours universitaire français lorsqu’il est comparé à ceux d’autres pays.
Le rapport mentionne également les recommandations formulées dans les travaux conduits avec l’Igas et l’IGÉSR : adaptation de la formation aux besoins de soins bucco-dentaires, DES d’odontologie générale, cycle long, renforcement des stages et année probatoire pour les diplômés français et européens.
Le stage actif pourrait donc continuer à occuper une place importante dans la transition entre la formation universitaire et l’exercice professionnel.
- Pour les étudiants, cela renforce l’intérêt de comprendre précisément ce que recouvre cette période.
- Pour les cabinets, cela implique aussi de traiter l’accueil d’un stagiaire comme une véritable mission de formation, et non comme une modalité alternative de recrutement.
Ce qu’un cabinet doit vérifier avant d’accueillir un étudiant
Avant le début du stage, plusieurs points méritent donc d’être vérifiés :
- le praticien doit disposer de l’agrément nécessaire pour être maître de stage ;
- il doit justifier d’au moins trois années d’exercice professionnel ;
- une convention doit encadrer le stage ;
- un contrat pédagogique fixe les modalités de la formation ;
- le maître de stage ne peut accueillir qu’un seul stagiaire à la fois ;
- la durée minimale du stage actif est de 250 heures ;
- la période doit rester consacrée à la formation ;
- un remplacement ou un contrat d’étudiant-adjoint doit être distingué de la période de stage ;
- la convention doit être transmise au conseil départemental de l’Ordre selon les modalités prévues.
Pour les étudiants : trois questions à poser avant de signer
Un étudiant qui s’apprête à commencer son stage peut également adopter une démarche très simple.
- Quel est exactement mon statut pendant cette période ?
- Qui est mon maître de stage et comment mon activité sera-t-elle encadrée ?
- Que se passe-t-il si le cabinet souhaite ensuite me proposer un remplacement ou un contrat d’étudiant-adjoint ?
Une alerte qui concerne directement le recrutement des jeunes praticiens
Le rapport de l’Ordre ne remet évidemment pas en cause l’intérêt des stages en cabinet. Il rappelle au contraire leur vocation première : préparer les futurs chirurgiens-dentistes à leur exercice professionnel.
Mais le constat d’irrégularités formulé en 2025 appelle les cabinets à une vigilance particulière.
Là où le stage peut constituer le premier contact entre un étudiant et son futur cabinet, la séparation entre formation et recrutement doit rester lisible.
Un étudiant peut devenir demain remplaçant, étudiant-adjoint, collaborateur ou associé. Rien n’empêche un cabinet de repérer et d'accompagner ses futurs recrutements dès les dernières années d'études.
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