Quand on est en entretien d’embauche, comment faire la différence entre une vraie culture bienveillante et un discours marketing bien rodé ?
Claude d’Estais : Ce n’est pas si simple. On parle souvent du recruteur comme d’un profil unique, mais en réalité il existe autant de recruteurs que de personnalités. Il n’y a donc pas de mode opératoire standard.
Comme pour les comportements toxiques, il n’existe pas un seul schéma. Certaines personnalités peuvent se montrer très séduisantes au premier abord, puis se révéler très difficile, ce qui rend leur détection particulièrement délicate.
Sur quoi un candidat doit-il se concentrer durant l’entretien ?
Claude d’Estais : Le point clé, c’est la posture. En entretien, le candidat se met presque toujours en position de vendeur, parce qu’il veut le poste. Il cherche à convaincre. Mais il oublie une chose essentielle : il est aussi un acheteur.
L’enjeu d’un entretien de recrutement n’est pas seulement pour lui de décrocher le job, mais de vérifier aussi si ce job correspond réellement à ce qu’il cherche et ce qui est bien pour lui tant pour son évolution de carrière que dans sa manière d’occuper la fonction et d’interagir avec son environnement de travail.
Cela suppose de poser des questions, de collecter des informations et de prendre une décision éclairée, autant sur le contenu du poste que sur l’environnement de travail.
Quels sont les principaux signaux d’alerte ou redflad pendant un entretien d’embauche ?
Claude d’Estais : Il y en a plusieurs. Les questions intrusives ou illégales sont un premier indicateur très clair. Tout ce qui concerne la situation familiale, les projets d’enfant, les opinions politiques ou religieuses est interdit et constitue déjà un mauvais signal. Il y a aussi les questions qui n’ont aucun lien avec le poste.
Lorsqu’on ne comprend pas pourquoi elles sont posées, il faut s’interroger.
Les remarques dénigrantes ou culpabilisantes sont également révélatrices. Si l’on commence à juger votre parcours ou à vous faire culpabiliser pour un trou dans le CV par exemple, cela dit quelque chose du fonctionnement relationnel.
Enfin, le comportement du recruteur est très parlant, les retards répétés, les interruptions constantes, le manque d’écoute ou de respect, ce sont des éléments à ne pas minimiser.
Comment tester concrètement la sincérité d’un recruteur en lui posant des questions ?
Claude d’Estais : Il faut poser des questions simples mais très concrètes. Par exemple, on peut demander si le poste visé est une création ou un remplacement, comprendre ce qu’est devenue la personne précédente, ou encore combien de personnes se sont succédées sur ce poste. Cela permet de reconstituer l’historique.
Si plusieurs personnes sont parties en peu de temps, ce n’est pas anodin. Il peut être aussi intéressant de questionner la manière dont sont gérés la charge de travail ou des objectifs non atteints. Si il est manifeste qu’il n’y a ni accompagnement ni soutien, cela donne une indication assez claire sur la culture de l’entreprise.
Existe-t-il des moyens de faire émerger un discours plus authentique ?
Claude d’Estais : Oui, en ramenant le recruteur à son vécu personnel. Par exemple, lui demander ce qui l’a surpris en arrivant dans l’entreprise si lui-même est relativement récent dans le poste. Ou au contraire si il dispose d’une expérience significative au sein de l’entreprise, de l’interroger sur sa perception des évolutions de cultures d’entreprises ou comment les salariés ont vécu d’éventuels changements d’organisation, de stratégies, de marché.
Cela permet souvent d’obtenir des réponses plus nuancées, avec à la fois des éléments positifs et des aspects plus critiques. On sort alors d’un discours trop formaté.
Peut-on se renseigner en amont, en dehors de l’entretien ?
Claude d’Estais : C’est même essentiel. Les plateformes d’avis comme Glassdoor donnent déjà une première tendance. Mais il est aussi très utile d’aller sur LinkedIn, d’observer les parcours des anciens salariés de la boîte, de voir combien de personnes se sont succédé sur un poste.
On peut même contacter d’anciens salariés pour avoir leur retour. Les personnes qui ne sont pas restées longtemps sont souvent celles qui vont se sentir les plus libres de décrire un quotidien pas toujours idéal, parfois bien différent de celui qui peut vous avoir été décrit en entretien.
Toutefois, il faut pouvoir resituer ces éléments dans un contexte plus large. Un ancien salarié peut aussi être responsable d’avoir une histoire compliquée avec son ex entreprise.
Certains éléments dans l’offre d’emploi doivent-ils alerter ?
Claude d’Estais : Oui, notamment l’absence de fiche de poste peut traduire un manque de clarté ou d’intérêt pour la fonction. À l’inverse, une fiche extrêmement détaillée, presque au point de décrire chaque minute d’une journée, peut révéler une culture de micromanagement.
L’enjeu est de trouver un équilibre entre un cadre défini et une marge d’autonomie.
Comment interpréter un processus de recrutement très long ?
Claude d’Estais : Un processus long peut être révélateur d’une organisation complexe ou peu fluide. Mais il peut aussi permettre de rencontrer davantage de personnes et d’avoir une vision plus complète de l’entreprise
Pourquoi est-il difficile d’admettre qu’on s’est trompé après avoir accepté un poste ?
Claude d’Estais : Parce que bien souvent, les signaux étaient là, mais que le candidat n’a pas voulu les voir. Quand un candidat veut un poste, il a tendance à minimiser ce qui dérange.
C’est d’autant plus vrai dans un contexte de marché de l’emploi tendu. D’où l’importance de rester lucide et exigeant avec soi-même dès le départ et de collecter un maximum d’informations avant de prendre une décision.
Quel conseil donner aux candidats pour éviter ces situations ?
Claude d’Estais : Avoir à l’esprit qu’un entretien ne consiste pas seulement à se présenter et à mettre en avant son adéquation et sa motivation pour un poste mais qu’ il doit également permettre au candidat de vérifier que le poste et l’entreprise correspondent à ses attentes.
Se préparer, poser des questions, observer, écouter son intuition. C’est cette posture qui permet d’éviter de se retrouver dans un environnement qui ne nous convient pas.
En cas d’erreur de casting, la période d’essai peut aussi servir de filet de sécurité
Claude d’Estais : Oui, bien sûr. La période d’essai est précisément faite pour cela, elle permet à l’entreprise de valider un recrutement, mais aussi au salarié de confirmer son choix. C’est une phase d’observation réciproque. Encore faut-il s’autoriser à l’utiliser comme telle.
Si les signaux négatifs se confirment, il ne faut pas hésiter à en tirer les conséquences plutôt que de s’enfermer dans une situation qui ne convient pas et qui peut avoir des conséquences sur votre santé mentale et nuire à la nécessaire recherche d’un nouveau poste plus adapté à la personne que vous êtes et à la manière dont vous souhaitez interagir avec votre environnement professionnel
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